Le 24 novembre sera un jour historique ! Contre les violences faites aux femmes !

Le 24 novembre sera un jour historique !

Contre les violences faites aux femmes !

Les chiffres ont de quoi faire frémir : en 2016, 225 000 agressions sexuelles ou physiques ont été commises en France contre des femmes. 123 ont été tuées. Et encore, ce n’est qu’une face émergée d’un iceberg hélas bien plus profond.

Les chiffres ne reflètent pas une réalité encore plus sombre. Celle des non-dits, celle des actes « jugés normaux » ou « acceptables » mais qui ne le sont pas. Celles des vexations, de la discrimination, du harcèlement… Et là, les victimes se comptent en millions.

Le 25 novembre est la journée de lutte contre les violences faites aux femmes. Cette année, le 24 novembre, de nombreuses manifestations auront lieu partout dans le monde pour dénoncer ces violences, ces inégalités, ces crimes. Ces manifestations, à l’appel du collectif #Noustoutes, lance, pour la première fois en France, une manifestation consacrée à cette thématique sans cesse occultée. Nous soutenons cette action. Nous regrettons qu’elle soit médiatiquement passée au second plan par les médias, tant elle illustre un problème crucial. Car il est vrai que l’actualité a été surtout marquée par les Gilets Jaunes. Cependant, nous considérons que ce bouillonnement autour de leur mobilisation ne doit pas occulter, par minimiser, pas invisibiliser la lutte qui se mène contre le sexisme, le machisme, le patriarcat.

La manifestation du 24 novembre est une manifestation au sens politique important. Ce n’est pas un combat cosmétique, pas un combat de surface, c’est une lutte réelle qui ne concerne pas « que » la moitié de la société, mais bien celle-ci dans son ensemble. Car la question des violences n’est qu’un aspect de la question générale des rapports sociaux au sein de la société. Nul, excepté les ermites, ne peut prétendre en être détaché. Ce n’est pas un combat d’arrière garde, un combat pour l’histoire, mais bien un combat pour l’avenir.

N’oublions pourtant pas les sœurs  Mariposas, qui sont à l’origine de ce jour de deuil. Les trois sœurs ont payé de leur vie leur lutte contre la dictature de République Dominicaine, dirigée par Trujillo. Trujillo, soutenu par les Etats-Unis pour son anticommunisme, a fait régner un régime de terreur machiste et fasciste sur l’île dominée.

Révoltées contre cette politique criminelle, les sœurs Mariposas ont œuvré dans la résistance communiste, dans le but de rétablir les droits démocratiques dans l’île-prison. Traquées, elles ont été, le 25 novembre 1960, prises en embuscades par les militaires. Violées, torturées et tuées par l’armée, leur mort atroce révolte la République Dominicaine, mais dépasse également les frontières.

Les fascistes ont tenté de les tuer, de les faire disparaître, mais ils les ont rendues immortelles !

N’oublions pas les autres martyres de la lutte, telle que Rosa Luxembourg, assassinée le 15 janvier 1919, il y a près de cent ans, par les sociaux-démocrates d’Allemagne, restaurant l’ordre réactionnaire au profit de la bourgeoisie. Elle aussi est entrée dans l’histoire.

N’oublions pas qu’aujourd’hui encore, la « démocratique » Norvège vient de vendre Gülizar Taşdemir, militante féministe Turque, réfugiée en Europe, à ses bourreaux, qui torturent, violent et assassinent impunément.

Des nuages noirs s’amoncellent à l’horizon.

L’aggravation de la crise économique frappe en premier lieu les femmes, en particulier celles qui sont des classes populaires et issues de l’immigration. Plus les contradictions dans la société sont fortes, plus le climat économique est mauvais, plus elles le paient de leur chair, de leur sang. Le patriarcat et ses violences sexistes sont plus fortes que jamais

Chaque fois qu’un nouveau gouvernement réactionnaire est élu, les femmes sont dans le collimateur : attaques concernant les droits sociaux, attaques concernant l’accès à l’éducation, l’accès à la culture, l’accès aux droits politiques. Surtout, ces politiciens font de leur utérus un objet public, s’en prenant directement à la contraception ou à l’accès à l’IVG. Les réactionnaires tentent d’ailleurs d’utiliser la journée du 25 novembre à leur profit, en la muant en « marche pour la vie. »

Derrière toutes ces attaques reste le mot d’ordre général des réactionnaires : « l’homme produit, la femme reproduit. »

Nous ne pouvons accorder la moindre confiance dans les libéraux, dans les exploiteurs et les exploiteuses pour apporter des avancées sérieuses. Leur seule politique est de faire passer le corps des femmes d’une propriété exclusive de son mari, de son père, à un produit commercial, qui s’achète, s’échange, se vend.

Une grande partie de ce qui est nommé « la culture du viol » provient de ce rapport aux femmes comme produit de consommation, au même titre qu’une voiture, qu’une montre ou qu’un parfum. Ce discours porte une double injonction : aux hommes, il faut « posséder » le plus de femmes possibles, il faut qu’elles soient le plus « haut de gamme » pour montrer sa place sociale. Aux femmes, l’injonction est faite d’être le produit commercial le plus parfait, au détriment de leurs propres aspirations, de leurs désirs.

Cette hégémonie culturelle de l’équation entre le succès sexuel et le succès social donne naissance à de bien sombres monstruosités. Les Marc Lépine, les incels, qui vomissent leur haine des femmes et en font les responsables de tout leurs maux. Leur frustration sociale se mue en rage féminicide.

Et lorsque l’égalité est mise en avant, c’est soit sous la forme d’une apologie des femmes qui « réussissent », qui réussissent à mener les mêmes politiques réactionnaires que les hommes, comme Thatcher, ou qui réussissent à devenir des exploiteuses tout aussi avides et criminelles, comme Liliane Bettancourt. Lorsque ce n’est pas ceci, c’est sous la forme d’icône vidées de leur sens politique. Le génie de Marie Curie est célébré, mais pas son engagement politique. Frida Khalo se voit destituée de son attachement à la direction de l’URSS. Kollontaï est réduite à une dissidente anticommuniste.

Dans les rangs même de la gauche et de l’extrême-gauche, ces positions libérales s’évertuent toujours et encore à maintenir le mythe selon lequel la prostitution et la pornographie sont des activités, des carrières, comme les autres, et s’ingénient à amalgamer les positions abolitionnistes avec des positions de morale réactionnaire. Ces libéraux déguisés en révolutionnaires accordent leur soutien aux organisations corporatistes qui tiennent ces secteurs, au nom de la liberté de commercer sa chair.

Tout comme nous considérons qu’il faut abolir l’exploitation de la forme de travail, nous considérons d’autant plus qu’il faut abolir celle de la chair. Quelle liberté y a-t-il de commercer sa chair pour celles et ceux qui y sont contraints et contraintes par la force, par le manque d’argent ? Prenant appui sur une infime minorité qui s’y livre par goût, ces agents de la division s’en servent pour justifier toute une machine d’anéantissement des femmes en tant qu’individus. Nous nous opposons aux lois qui servent à réprimer ceux et celles qui sont obligés de survivre ainsi, mais nous considérons que notre tâche est de liquider l’existence de ce milieu.

A nos yeux, c’est dans la lutte que se construit la libération des femmes. Et là, encore, les questions persistent. Certains et même certaines pensent qu’il faudrait taire, dans les luttes sociales, les questions relatives au sexisme. Cela serait un ferment de la division des mouvements sociaux.

Nous affirmons l’inverse ! Nous affirmons que c’est au contraire le fait de laisser ces questions prendre une tournure explosive qui sape l’unité d’un mouvement. Le fait de taire les questions liées au sexisme et à la division genrée du travail reproduisant des schémas patriarcaux, c’est considérer la place des femmes comme une place secondaire, d’appoint, devant se plier aux injonctions d’éléments réactionnaires masculins ou machistes, jugés plus précieux.

« Les femmes portent la moitié du ciel » et des luttes !

Il est possible d’obtenir des avancées sous le capitalisme. La lutte féministe a été victorieuse à plusieurs reprises. Mais le fond reste. Nous l’écrivions le 8 mars : L’an dernier, nous l’écrivions déjà. Le sexisme est l’expression symptomatique d’un problème structurel. Il s’agit de la société patriarcale et capitaliste. Cette forme de société a mué progressivement les femmes en prolétariat privé de l’homme. Les femmes assurant le fait d’élever les enfants, exécutant les tâches domestiques et -exceptionnellement- apportaient un « salaire d’appoint ».

La division genrée, sexuée du travail est la base matérielle du fait que les femmes soient traitées en moyen de reproduction des forces de travail, tandis que les hommes seraient la force productive. Cette aliénation particulière laisse toujours des traces dans les mentalités, même si elle évolue peu à peu.

A l’heure actuelle, le fait que les femmes puissent faire des carrières -malgré des discriminations sexistes, toujours aigües- ne remet fondamentalement pas en cause les rapports de domination. Car la structure économie, inlassablement, les reproduit. Si jamais ils ne prenaient plus une forme de division genrée du travail, ces rapports de domination se perpétueraient sous une forme nouvelle, tout aussi oppressive.

Car l’exploitation maximale, recherchée par les bourgeois (et les bourgeoises), oblige, force à ce qu’un surtravail gratuit, non rémunéré, soit assumé par quelqu’un. Si les travailleurs -et les travailleuses- disposent encore d’énergie, la bourgeoisie tentera, comme elle le fait déjà, de mettre cette énergie à son service.

Nous considérons que la seule possibilité de pouvoir éliminer dans son intégralité les dominations dans la société ne peut être qu’au travers de la destruction du système d’exploitation, du système d’oppression, du système de domination exercé par le capitalisme. Ce n’est que lorsque ceux qui produisent réellement toutes les richesses de la société seront au pouvoir, et non ceux qui les parasitent, que les bases matérielles de la fin du patriarcat seront réunies.

Cela ne veut pas dire, bien sûr, que cette disparition se fera automatiquement, sans difficultés, sans à-coups et sans heurts. Les mentalités retardent toujours sur les pratiques sociales. Cela demandera un travail long, patient, mais qui sera définitif. Nous ne pouvons brusquer la société socialiste future a coups de fusils. Mais, l’histoire a démontré à plusieurs reprises que, quand les femmes en ont entre leurs mains, le système de domination patriarcal se montre plus timoré. Et l’organisation des femmes dans des groupes et associations féministes a été une constante dans l’histoire des Etats socialistes. Elles en ont été les fers de lance. Ce n’est pas un hasard que ce fut une femme qui dirigeât les Gardes Rouges durant la Révolution Culturelle Prolétarienne.

Les exemples actuels ne manquent pas. Au Kurdistan, les YPJ, les brigades de combattantes féminines, ont largement contribué à mettre en déroute Daech, et parlent à voix égales avec leurs homologues masculins. Les brigades d’autodéfense féminines en Inde, pays où les viols sont les plus courants, ont permis des progrès spectaculaires dans les régions influencées par les partis communistes. Aux Philippines, dans les secteurs où la guérilla contrôle des territoires, l’égalité des sexes est réelle et les écarts de comportement sévèrement réprimés.

La lutte est encore longue. Mais les organisations progressistes et révolutionnaires doivent l’arpenter. Elles doivent l’arpenter en menant une double lutte : d’une part contre l’influence de l’hégémonie culturelle et sociale de la bourgeoisie sur la société, mais également leurs propres propensions à reproduire les schémas de pensées archaïques et des pratiques erronées. Le « milieu militant » sert souvent de cocon protecteur à ces pratiques et tente de les justifier par des théories post-modernistes fumeuses. Peu étonnant qu’il soit un milieu essentiellement masculin.

Le 24 novembre, nous serons dans la rue, avec nos camarades, pour scander les mots d’ordres de la lutte contre les violences faites au femmes !

En avant vers l’émancipation générale !

En avant vers la destruction du patriarcat et du capitalisme !

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