Fin de Partie

Emmanuel Macron est victorieux avec 65.8 % des voix, selon des dernières informations. Une nouvelle fois, ce score est conforme aux attentes, conforme aux prévisions. L’Etat français n’a pas connu de scénario du type de Trump, avec une percée imprévisible, un débordement systématique, un raz-de -marée populiste.

Il est notable, cependant, que le Front National a réussi à s’implanter d’une manière durable, comme un pivot, dans le paysage politique de la démocratie bourgeoise. Comparativement à 2002, pas d’écrasement, pas de 82% / 18%. La mobilisation électorale s’est même avérée plus faible qu’au premier tour.

Il est intéressant de voir qu’une coupure se produit au niveau des votes.

Un Etat français intégré dans les réseaux et les flux de la mondialisation, intégré dans l’Union Européenne, dans des zones qui, globalement, sont des citadelles de l’impérialisme, ses métropoles des centres de commandement. Ces régions urbaines ont massivement soutenu Emmanuel Macron.

A l’inverse, les zones périurbaines, rurales ou semi-rurales, les régions de petites industries, ont voté majoritairement pour Le Pen. La « France des villages », qui se paupérise, qui voit la mondialisation comme une menace, qui en subit la concurrence de plein fouet, ne s’est pas manifestée par une adhésion aux thèses optimistes du candidat gagnant.

Mais dans l’ensemble, seul deux départements, l’Aisne et le Pas-de-Calais voient le Front National arriver en tête. Calais est, d’ailleurs, la plus grande ville où le Front National arrive en tête, suivie de Fréjus, sous d’autres latitudes.

L’abstention et le silence demeurent la première force politique avec 37.3 % de la population. Un quart des inscrits n’ont pas exprimé de suffrage durant cette élection. Ceci est révélateur d’un dégoût généralisé de la politique telle qu’elle est menée, d’un détachement des masses populaires du cirque électoral.

Cette césure est positive, non négative. Elle est la base de rejet sur laquelle se construit l’opposition extra-parlementaire, le pouvoir populaire, le camp du peuple.

Les partis réformistes-radicaux peuvent pester-ils furent tous éliminés- ils ne font que payer le prix de leur obstination dans une voie morte, dans une voie de compromis et de compromission, dans une voie de démagogie et non de lutte.

La tâche des communistes, mais aussi, plus largement, celle de tous ceux et toutes celles qui rejettent la démocratie bourgeoise, est de former un véritable pôle antiparlementaire, de former un véritable bloc populaire. Il est illusoire de croire que l’abstention suffira d’elle même. Le dépit se mue en rejet, mais passer de ce rejet passif en volonté positive d’établir un pouvoir populaire demande un long travail, que seules les organisations révolutionnaires peuvent mener.

Aujourd’hui, la victoire a échu entre les mains d’Emmanuel Macron et de la frange Libérale libre-échangiste de la bourgeoisie.

« Vous avez choisi l’audace, et cette audace nous la poursuivrons » a ainsi déclaré Emmanuel Macron. L’audace de la liquidation du code du travail, de l’assurance chômage, de la sécurité sociale. L’audace de plonger dans la précarité accrue, dans une misère plus noire, plus sombre.

Car tel est le programme d’Emmanuel Macron. Un programme de paupérisation pour les masses, un programme d’enrichissement sans bornes pour la bourgeoisie.

Mais le nouveau président du conseil d’administration de la bourgeoisie est loin d’être une personne inintelligente. Il dispose, de plus, d’un encadrement efficace pour l’appuyer et le conseiller.

En Marche ! a conscience de sa faiblesse face à l’épreuve des législatives. Les Républicains et le Parti Socialiste ont certes subi un revers terrible, mais leur structure peut résister, leurs relais, leurs courroies de transmission, rester fidèles.

Il semble que l’Etat français se dirige vers un gouvernement et un parlement fonctionnant à la coalition. Or, qui dit coalition dit alliés. Pour triompher aux législatives, la nouvelle équipe présidentielle va devoir choisir une géométrie plus précise, devoir faire des choix.

Cette recherche d’alliés se retrouve dans le discours d’Emmanuel Macron, lequel est particulièrement révélateur.

Si, faisant contre mauvaise fortune bon cœur, le gagnant n’a pu rassembler ses troupes sur le Champ de Mars, il est parvenu à inclure le choix du Louvres dans son discours, en faisant le symbole d’une continuité historique remontant à l’ancien régime.

Son arrivée sur l’estrade, dans une solitude étudiée, s’est faite non sous la Marseillaise, mais sous les accords de l’ode à la Joie, hymne de l’Europe.

La pyramide du Louvres a focalisé toute l’attention des complotistes, la musique de Beethoven celle de tous les germanophobes. Le mélange des deux, pourtant, est brillant : décor franco-français, musique européenne.

Le candidat de En Marche ! a manœuvré efficacement, indiquant qu’il tenait compte du fait qu’un partie de son électorat l’avait soutenu pour des raisons d’inquiétudes quant aux institutions républicaines.

Cette manière de prendre en compte ces ralliements par dépit brosse les « barragistes » dans le sens du poil. Concession sur la forme, elle ne représente nullement une sur le fond, sur le programme économique, sur la politique à tenir. Elle représente simplement la prise en note d’une volonté de protection des droits démocratiques.

D’une certaine manière, le « barrage » s’est retrouvé vidé de tout son contenu politique.

Dans le même temps, poursuivant dans le ralliement, Emmanuel Macron a également salué les électeurs de Marine Le Pen, disant comprendre leur colère et leur désarroi. Un énigmatique « Je ferai tout dans les cinq années qui viennent pour qu’ils n’aient plus aucune raison de voter pour les extrêmes. » a été prononcé. Il est difficile de déterminer son sens. S’agirait-il d’une volonté de parvenir à une synthèse sur un certain nombre de sujet ? Pour le moment, la question reste en suspens.

Ce qui est certain, c’est que le discours a enfoncé le clou sur un certains nombre de sujets internationaux :  » La France sera au premier rang dans la lutte contre le terrorisme sur son sol et aussi bien que dans l’action à l’international. Aussi longtemps que ce combat devra durer, nous le mènerons « . La politique internationale de l’Etat français n’est pas prête de s’apaiser. L’impérialisme français peut bien se parer d’un sourire enjôleur, il n’en change pas sa nature pour autant.

Reste à voir comment vont se concrétiser les premières mesures, les premiers choix, les orientations.

Toujours est-il que la ligne Macron : rassembleuse et unificatrice, n’est nullement un garantie contre toute dérive autoritariste ou toute caporalisation de la société. Une union sacrée, même vendue comme « anti-fasciste » peut très bien s’accommoder d’une exploitation accrue, d’une répression d’autant plus violente qu’elle se targuerait d’être un rempart contre l’extrême-droite.

Ceux qui voient dans Macron un démocrate convaincu ne doivent pas ôter de leurs esprits qu’il est un agent de la bourgeoisie, dont il exécute la commande.

Si l’ordre est donné de frapper, si la situation se détériore, gare. Les libertés fondamentales ne sont, au final, que des droits formellement accordés par la bourgeoise. Ils se retirent aussi aisément qu’ils se donnent.

Du côté des perdants, les législatives sont dans tous les esprits. Marine le Pen a déclaré : Le Front national doit lui aussi profondément se renouveler afin d’être à la hauteur de cette opportunité historique, a-t-elle affirmé. Je proposerai donc d’engager une transformation profonde de ce mouvement afin de constituer une nouvelle force politique. »

« Ce second tour organise une recomposition politique de grande ampleur entre les patriotes et les mondialistes. » « C’est ce grand choix qui sera présenté par circonscription aux Français lors des législatives. Je serai à la tête de ce combat. »

Un souffle d’inquiétude travers la « boutique. » Le concept même du Front National arrive t-il à bout de souffle ? Doit-il muter pour devenir le pôle principal d’opposition à la politique d’Emmanuel Macron ?

L’alliance avec Debout la France, avec Nicolas Dupont-Aignan, avec Christine Boutin, est une nouveauté. Il semble que le Front National soit en passe de  devenir véritablement un front d’organisations nationalistes-chauvines, pour gagner en influence, gagner en relais, gagner en implantations.

C’est de la réussite ou de l’échec de cette transformation que dépendra la physionomie des prochaines années, que dépendra la physionomie de la prochaine élection présidentielle.

La France Insoumise, construction artificielle, autour de la personnalité de Jean-Luc Mélenchon, se délite progressivement. Les conflits entre les intérêts du PCF -pourrissant- et ceux du Parti de Gauche -qui ambitionne de prendre la place du Parti Socialiste- prennent une tournure antagonique. Des menaces, des pressions, des procès. La défaite se muera-t-elle en débâcle ?

Les réformistes radicaux Poutou et Arthaud ont certes pu s’exprimer au cours de cette élection, mais n’ont rien su faire de cette tribune pour faire avancer la conscience politique des masses. En accréditant la mascarade, les trotskistes ont même contribué à solidifier le mythe de la démocratie bourgeoise. Rien n’est à attendre de ce côté.

La réaction des révolutionnaires et des antiparlementaires est restée majoritairement marquée par le calme. Nouvelle attendue plutôt qu’un coup de tonnerre. Elle est prise avec gravité par les organisations et les militants et militantes, comme une lutte longue, sourde, et difficile à mener.

Les cinq années qui s’ouvrent dans l’Etat français sont sous le signe de la croisée des chemins. Les aggravations de la crise du capitalisme, les aggravations des tensions politiques et internationales, se répercuteront dans le climat politique. La détérioration sociale promue par Macron jettera dans les bras de la misère et de l’exclusion sociale de parties importantes de la population. Si les organisations communistes -en premier lieu- ne sont pas à la hauteur de la tâche d’organiser et mettre en ordre de bataille les masses, ce seront les fascistes qui en bénéficieront et qui seront en mesure de lancer des mouvements de masse réactionnaires.

La partie des présidentielle est terminée, mais plus largement elle signifie également un effondrement des marges de manœuvres réformistes et sociales démocrates.

Elle signifie une cristallisation des tensions.

Le lâche rempart n’existe plus.

Il est essentiel, durant ces cinq ans, que le camp du peuple renaisse, soit fort, soit organisé et avance.

Sans victoire sur le front de l’organisation, sur le front de l’idéologie, il n’existera que des défaites.

En avant vers cinq années de lutte !

 

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