Fake news et élections.

Régulièrement, la notion de fake new vient sur le devant de la scène. Plus aucun événement, plus aucune catastrophe humaine ne se produit sans qu’un florilège d’interprétations douteuses ou farfelues affluent dans son sillage. 

Interpréter de travers, commettre une erreur de bonne foi, même si celle-ci peut prêter le flanc à des thèses, cela forme un aspect de la question. Lorsque, sur une vidéo de l’incendie de Notre-Dame, un observateur zélé repère une silhouette qu’il juge suspecte, et en fait part, c’est une chose.

Lorsqu’une personne, déjà convaincue par des thèses conspirationniste, retransmet cette vidéo avec des termes insidieux tels que « on nous cache des choses » ou « comme par hasard », cela reste dans la même gamme d’erreur. 

Comme nous le mentionnions dans notre article sur Notre-Dame, nous sommes aisément vulnérables aux conceptions complotistes. Dans un article, Science et Avenir nous expose ainsi certaines raisons de cette vulnérabilité :

4 raisons de la rupture entre opinion publique et faits scientifiques selon le Pr Bronner

VIRALITE. La première condition pour convaincre, “c’est d’attirer l’attention”. Les contenus anxiogènes, surtout sur le thème de la santé, remplissent bien cet office.

MOTIVATION. Le Pr Bronner souligne une “asymétrie de motivation” entre les adeptes de la théorie du complot, qui se sentent porteurs d’une croyance, et les rationnalistes. “Les croyances font partie de notre identité, contrairement aux non-croyances”, explique le Pr Bronner. Les adeptes du complot, plus motivés, s’expriment beaucoup plus, se créant une visibilité “confondue par les indécis pour de la représentativité”.

PRESSION CONCURRENTIELLE. Devant la masse d’informations à traiter, le principe de précaution est largement avantagé car nous n’avons pas le temps de tout vérifier.

BIAIS DE CONFIRMATION. Ce biais cognitif désigne la tendance que nous avons tous à nous ouvrir plus facilement aux contenus qui trouvent déjà écho dans nos propres convictions qu’à ceux qui entraîneraient doutes et remise en question. Ce biais est amplifié d’une part par la masse d’informations disponibles, dans laquelle toute conviction peut trouver confirmation, ainsi que dans les algorithmes des sites internet qui nous proposent des contenus précisément basés sur ce qu’il a perçu de nos goûts.

Ce sont donc des phénomènes qui peuvent arriver, qui sont relativement logiques, bien qu’il faille, là aussi les combattre.

Mais, lorsque de fausses preuves sont créées de A à Z, dans un but politique conscient, affirmé, pour générer des mensonges, des troubles, des perturbations, là, un autre stade est atteint. Il s’agit du stade de la falsification. 

Créer des faux documents, de fausses informations, générer des preuves mensongères pour appuyer un discours politique existe de longue date. Cependant, avec le développement d’internet, les légendes urbaines, les rumeurs, les canulars ont pris une ampleur démesurée. La possibilité d’invention de faits, de fabrication de preuves, de diffusion de celles-ci, explique que les fake news soient désormais omniprésentes. Omniprésentes et chaque jour plus ardues à déceler. 

Les nouvelles technologies, notamment l’utilisation de l’intelligence artificielle à la place de la simple retouche d’image, rend la question de la véracité des images, des vidéos et des sons davantage sujette à question.
Les deepfakes constituent désormais une véritable menace. Elles donnent la possibilité, d’une manière crédible, de faire dire un discours inventé à une personne qui ne l’a jamais prononcé. Si une analyse de la vidéo permet de voir le montage, les plus crédules ou ceux qui voient ce qu’ils voudraient voir peuvent s’y laisser prendre. Demain, les perfectionnements rendront même la différence entre l’invention et la réalité indiscernable. 

Ces possibilités nouvelles rendent la bataille pour la vérité toujours plus féroce. 

À la suite de l’élection de Donald Trump, fin 2016, nous avions publié un court dossier nommé La guérilla informationnelle, le nouveau brouillard de guerre. Dans ce document, nous revenions sur les buts et sur les moyens de cette guérilla. Les fake news profitent invariablement aux réactionnaires et aux fractions les plus réactionnaires des bourgeois. Leurs conceptions idéologiques, leurs « grands principes », entrent en contradiction avec la réalité.

Ils ne peuvent prouver la réalité de leurs dires sur l’exploitation, alors ils mentent. Ils ne peuvent justifier leurs attaques contre les droits sociaux, alors ils mentent. Ils ne peuvent défendre scientifiquement leurs thèses sur l’immigration, sur le « grand remplacement », alors ils inventent des faits. 

Ces mensonges sont orientés, la grande majorité du temps, pour semer la division et la colère entre les parties des masses populaires. Mais il arrive qu’une autre faction de la bourgeoisie, que son pouvoir, soit pris pour cible par des challengers. Alors la bourgeoisie fait appel à l’Etat pour statuer.

L’Etat, dans cette lutte, s’est lui-même placé comme arbitre. Des lois contre les fake news ont été votées par le Parlement. Ainsi, entrée en application en avril de cette année, la loi contre la « manipulation de l’information ». Elle permet, trois mois avant des élections, au juge des référés de suspendre la diffusion d’une information, et ce, en moins de 48h.

De quoi rassurer ? Pas tellement. 

Premièrement, l’Etat n’est pas neutre dans son appréciation de la réalité. L’Etat, émanation de la lutte des classes, n’est pas un objet flottant, au-dessus des luttes sociales et politiques dans la société, mais est, au contraire, un outil qui les appuie dans un certain sens. Il est l’outil de la bourgeoisie pour maintenir et raffermir son ordre injuste.

En second lieu, l’Etat, lui-même, est historiquement un grand pourvoyeur, ou un grand relayeur, de fake news. Pour justifier la politique qu’il mène pour le compte de la bourgeoisie. Pour justifier ses guerres. Pour justifier la répression. La vérité est, elle aussi, une question tactique pour l’Etat bourgeois. Au-dessus de l’importance des faits se trouve, d’une manière primordiale, la question de l’intérêt d’Etat. Et cet intérêt d’Etat est, en dernière instance, l’intérêt de la clique bourgeoise au pouvoir.

Alors que nous approchons du 50e anniversaire du décès d’Ho Chi Minh, comment ne pas penser au bombardement du port d’Haiphong, le 23 novembre 1946, qui fut le point de départ de la guerre d’Indochine. Le gouvernement français avait alors menti pour justifier la guerre.
Récemment, dans la répression contre les mouvements sociaux, l’Etat a menti à propos des manifestants entrés dans la Pitié-Salpêtrière. Aujourd’hui, le déni des violences policières ne peut être caractérisé autrement que comme un mensonge d’Etat. 

Nous devrions donc leur faire confiance pour déterminer le vrai du faux et trancher ?

Discerner le vrai du faux, sans parler de l’interprétation frauduleuse de véritables résultats, rejoint une lutte pour l’éducation. Donner le plus largement possible les clés qui permettent de déterminer ce qui est vraisemblable et ce qui est invraisemblable est fondamental. Croiser les sources, vérifier les informations, développer un esprit critique est un combat. L’Etat le fait-il ? Non.

Marx écrivait :

« Absolument à rejeter, c’est une “éducation populaire par l’Etat”. Déterminer par une loi générale les ressources des écoles primaires, la qualification du personnel enseignant, les disciplines enseignées, ect., et – comme cela se fait aux Etats-Unis – faire surveiller par des inspecteurs d’Etat l’exécution de ces prescriptions légales, voilà qui est tout à fait autre chose que de faire de l’Etat l’éducateur du peuple ! Bien au contraire, il faut, au même titre, refuser au gouvernement et à l’Eglise toute influence sur l’école. […] c’est, au contraire, l’Etat qui a besoin d’une éducation bien rude, administrée par le peuple. »

Cela ne vise pas à jeter l’opprobre sur le corps des enseignants, qui, dans la très grande majorité des cas, tente comme il peut de fournir des clés d’analyse aux élèves, mais bien sur l’institution d’une manière générale, sur ses buts et sur ses moyens. L’Éducation Nationale n’est pas encore mise au pas, sa capacité de lutte interne fait qu’elle n’est pas un rouage docile, mais que ceux qui la constituent essaient avec sincérité de travailler à dispenser de véritables outils d’analyse. 

Pour autant, l’utilisation de l’Éducation Nationale comme outil de propagande et d’endoctrinement n’est plus à démontrer. L’utilisation de l’enseignement de l’Histoire comme outil pour justifier les politiques actuelles l’illustre. Elle sert également, sans d’ailleurs lésiner sur les raccourcis, les escamotages ou les inventions, à dénigrer le mouvement anti-impérialiste, le mouvement ouvrier ou révolutionnaire. Depuis 2015, le retour de la « morale » dans l’enseignement illustre le fait que les gouvernements successifs bataillent pour accroître leur influence directe.

De même, la mise en place de la loi sur « l’école de la confiance » va également dans cette voie : l’indépendance pédagogique et la liberté de critique des enseignants, concédée à une époque où les rapports de force étaient plus favorables aux masses populaires, sont en passe d’être réduite à néant. 

Nous pensons que nous ne pouvons pas nous fier à l’Etat bourgeois pour défendre une éducation critique et populaire. Nous pensons que nous ne pouvons pas nous fier aux institutions et à leurs ordres pour permettre d’acquérir les véritables clés de compréhension du monde actuel.

Nous soutenons les enseignants et les enseignantes qui le font, à leur échelle. Mais nous pensons que nous avons également un rôle à jouer dans la diffusion d’analyses, d’approches historiographiques, de moyens méthodologiques pour permettre que la jeunesse ne voie pas son esprit critique asséché, drainé, par les offensives réactionnaires organisées par les gouvernements successifs. 

Nous refusons que la Vérité absolue puisse être édictée par un appareil d’Etat, à la fois juge et partie dans les affaires politiques. Nous pensons que nous devons nous-même, auprès des masses et contre la propagande bourgeoise, mener la lutte. Car nous pensons que la vérité sur l’exploitation, l’aliénation, le capitalisme et l’impérialisme est révolutionnaire. 

Nous, communistes, regardons le développement des fake news comme une menace réelle et concrète. Nous nous plaçons au service des masses populaires et du peuple. C’est l’analyse de la réalité et sa retranscription politique qui doivent guider nos actions. Devoir tromper le peuple sur sa situation indiquerait que nous aurions franchi une ligne rouge. Nos intérêts et les intérêts populaires ne font qu’un.

Luttons par nos moyens contre le développement des rumeurs, par le fait de proposer des analyses justes et scientifiquement établies !
Luttons contre l’immixtion de l’Etat dans la notion de vérité ! 
Dénonçons les mensonges des bourgeois et des fascistes !

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