Du réformisme à l’opposition extra-parlementaire. PARTIE I – L’hégémonie réformiste.

Cette brochure en plusieurs partie est disponible en entier dans le lien ci-dessous.

L’HEGEMONIE REFORMISTE

En cette veille d’élection, le constat est sans appel, le réformisme est la force principale au sein de la société. Les organisations évoluant dans un cadre strictement borné par la démocratie bourgeoise sont majoritaires, hégémoniques.

A cela, pas de surprise. A l’heure actuelle, il n’existe pas de pôle révolutionnaire au sein de l’Etat français suffisamment influent pour que ses idées agissent sur la société. De plus, la spontanéité des masses se tourne vers la réforme, l’amélioration du quotidien, de la vie de tous les jours, vers l’économisme. Dépasser ce stade demande plus que le vécu individuel, que le regard au niveau de l’horizon ; cela demande une prise de hauteur, apportée par la théorisation, par l’idéologie politique.

Il s’agit d’un travail à part entière. Tant que les forces révolutionnaires -au sens très large- ne le font pas d’une manière efficace, il n’y a lieu de s’étonner de l’hégémonie réformiste. Pester, reprocher aux masses cela, ce serait faire un fort mauvais procès. Les thèses révolutionnaires, seuls les révolutionnaires sont en mesure de les apporter.

Or, elles sont faibles et dispersées.

Profitant de ce vide, particulièrement en période d’élection, certaines organisations prétendent être les porte-étendards de la révolution. Ces organisations sont essentiellement bâties autour des conceptions trotskistes : Lutte Ouvrière ; le Nouveau Parti Anticapitaliste ; la France Insoumise.

Elles se caractérisent par un discours au vernis radical, mais par une position politique foncièrement droitière ; menchevik ; réformiste ; trade-unioniste -au mieux ; sociale-chauvine -au pire.

A celles-ci, ils serait possible d’accoler, dans une certaine mesure, le dauphin du Parti Socialiste, Benoît Hamon. Bien que ne surfant pas sur l’image du révolutionnaire, son discours sur le salaire universel, vaste arnaque, s’adressait à un public-cible très à gauche tout en satisfaisant les désirs des plus libéraux.

Lutte Ouvrière et le Nouveau Parti Anticapitaliste possèdent un code génétique relativement similaire. Leur ascendance trotskiste donne naissance à certaines similitudes que la scissionnite trotskiste n’a pas effacé.

Elles se basent toutes sur un constat similaire, issu du menchevisme de Trotski : la révolution est impossible à l’heure actuelle. C’est un des facteurs de la théorie de la révolution mondiale de Trotski. Elle se base sur l’idée qu’il n’est possible de construire le socialisme qu’à l’échelle mondiale. Son corolaire est qu’il est donc nécessaire d’attendre la présence de tous dans les starting-blocks de la révolution. Comme cela n’a pas lieu, du fait des inégalités de développement du capitalisme dans le monde, en attendant, ces organisations font du réformisme. Cet attente trouvait, un temps, une excuse dans le poids de l’URSS, dont ces organisations ont célébré la chute. Désormais privées de leur excuse favorite, elles en cherchent d’autres, dont le « reflux du mouvement ouvrier », éternel, intangible, justifiant tout.

Le deuxième aspect est celui du programme de transition. Les masses, selon ces organisations -mais elles ne sont pas les seules- ne sont pas en mesure de comprendre la nécessité stratégique de la révolution. Il est essentiel, pour ne pas les effrayer, de n’en parler qu’à mots couverts. Par contre, le programme se fait sur la base de revendications impossibles à satisfaire sous le capitalisme, mais qui ne le remettent pas fondamentalement en cause. L’exemple typique est « l’interdiction des licenciements », foncièrement incompatible avec le fonctionnement du libéralisme et du capitalisme, avec son caractère vacillant, mais qui n’est pas une négation de ce mode de production. Dans la même veine, les « nationalisations démocratiques sous contrôle ouvrier », impossible à mettre en œuvre sans la contrainte la plus sévère sur la bourgeoisie. Ni possibilité d’obtenir ceci sous la dictature de la bourgeoisie, ni socialisme. Un entre-deux qui amène, invariablement à l’échec et à la désespérance. La construction du rapport de force se nourrit de victoires, non de cul de sac. D’autant plus que cette position tend à faire stagner le niveau de conscience politique, à le tirer en arrière, à le maintenir dans la charrette réformiste, voir à combattre les éléments les plus avancés, les plus révolutionnaires.

Le dernier aspect commun, surtout marqué au sein du N.P.A., est le centrisme. Ce centrisme permet à la fois de concilier l’inconciliable mais également de rejeter toute prise de position claire. Ainsi, le N.P.A., peut à la fois faire des meeting et des manifestations avec des organisations hostiles à la cause kurde, sur le dossier de la Syrie, mais également saluer la lutte du peuple kurde Cet aspect à double face, cette absence de physionomie, est un trait majeur du trotskisme. Le « ni-ni », « ni vote-ni abstention » ; « ni paix-ni guerre », suit la même ligne. Il s’agit toujours de ne pas définir de ligne, de rester flou vague, de racoler le plus largement. Dans les faits, ce vide entre deux positions sert systématiquement la position la plus libérale, la plus droitière, que seule la fermeté peut combattre.

Lutte Ouvrière, pour revenir dans le vif du sujet, est, comme son nom l’indique, marquée par un ouvriérisme caricatural. Cela consiste à rester fondamentalement collé au ras du sol d’un point de vue idéologique, de rester dans l’économisme le plus plat, de soutenir chaque lutte sociale, même réactionnaire, sous le prétexte qu’il faut unir tous les travailleurs. Aux yeux de L.O., avant d’être le valet de la bourgeoisie, le policer, la policière, est un ou une prolétaire. Ceci était l’argument-massue de cette organisation dans son soutien aux manifestations de la Police, lesquelles demandaient, en somme, le droit de tuer impunément.

Dans la pratique, cela se traduit par le fait de ne pas vouloir poser la moindre question qui puisse faire clivage -féminisme, luttes de libération nationale, antifascisme- pour maintenir « l’unité de la classe ouvrière. » Cela revient à tenter systématiquement une synthèse entre les positions droitières, réactionnaires et les positions progressistes. Cela revient à un opportunisme de bas étage. Au lieu de faire avancer idéologiquement les question, d’isoler la droite et de soutenir la gauche, L.O. applique la recette, évoquée plus haut, du centrisme :unir, rassembler, nier les clivages.

Le programme suit parfaitement cette logique : tout en dénonçant le patronat, la candidate de Lutte Ouvrière ne pose que des revendication économiques, plates. Hausse des salaires, baisse du temps de travail.

La question du pouvoir, la question de la dictature du patronat n’est à aucun moment réellement évoquée. Derrière cela se trame toujours l’héritage génétique du programme de transition . L.O. n’ose pas parler de révolution, maintient un cap réformiste, petit-bourgeois. Ainsi, en dernière instance, c’est le passage par les urnes qui forme l’architecture de sa stratégie.

Le N.P.A., pousse un peu plus loin la logique. Si L.O. évoque fatalement une secte, l N.P.A. se joue, au contraire, sur une façade joliment peinte, avenante, jeune et radicale. Pourtant, idéologiquement parlant, la distance est relativement faible entre les deux branches du trotskisme.

L’économisme,  le trade-unionisme, du N.P.A. donnent à celui-ci un programme tout aussi digne d’un super-syndicat, mais ne répondant pas aux questions politiques.

Ainsi, le texte du tract appelant au meeting de Vénissieux du mardi 11 avril 2017, les titres des trois premiers points sont éloquents :

1-Interdire les licenciements, partager le temps de travail, fixer le SMIC à 1700€nets.

2-Réquisitionner les banques et les grandes entreprises, planifier l’économie pour éviter la catastrophe climatique.

3-Donner le contrôle à celles et ceux qui font tourner la société.

Comment ? Jamais le tract de le mentionne. Comment vaincre l’opposition de la bourgeoisie, laquelle accepterait sans broncher les décisions des votants ? Incroyable naïveté ou mensonge assumé.

Le tract lui même se tire une balle dans le pied en clamant : « le débat est ennuyeux car il fait l’impasse sur les solutions radicales qu’il faut mettre en place pour sortir de la crise. » In fine, la solution du N.P.A. ? Votons.

En revanche, tandis que Lutte Ouvrière est particulièrement avare de commentaires sur le sujet, ou alors avec une maladresse terrible, le Nouveau Parti Anticapitaliste, quant à lui, est particulièrement prolixe sur les sujets de société. Ainsi, la question des violences policières, des luttes LGBT+, du racisme, sont régulièrement évoquée. Cela contribue à son caractère d’organisation de la jeunesse réformiste-radicale.

Dans la lignée trotskiste, le NPA reste profondément lié à la social-démocratie, qu’il essaie inlassablement de tirer vers la gauche, de radicaliser, sans comprendre la nature de classe de celle-ci. C’est un des aspects qui ont fait que Philippe Poutou s’est montré particulièrement conciliant avec Benoît Hamon au cours des débats, ainsi qu’avec son concurrent direct : Jean-Luc Mélenchon.

Cette organisation sort d’une période où elle était au creux de la vague. Elle a, en effet, connu maints déboires durant le début de cette campagne : Difficulté de réunir les parrainages ; manque de cohésion interne ;  manque d’unité de volonté lié au fonctionnement en tendances et en fractions.

Une fois franchi le goulot d’étranglement des signatures, une fois franchi les premiers déboires, cette organisation a réussi quelques coups d’éclat. Cependant, cet allant, cet entrain, avec lequel Philippe Poutou se lance dans la course, ne peut faire oublier le fond de l’affaire : la course est truquée et le N.P.A. ne dénonce pas ce truquage.

Les militants du N.P.A. ont beau clamer le contraire, dire que « en leur fort intérieur », ils et elles sont pour la révolution, le discours tenu vers les masses n’est pas en conformité avec ce désir. La communication politique de l’organisation amène même vers le sens inverse. Aspect révélateur, dans la pétition, lancée pour l’accès à la présidentielle de leur candidat,  les héritiers de la Ligue ne dénoncent pas la démocratie bourgeoise. Ils et elles dénoncent le fait que l’élection se placerait sous le signe du « recul démocratique » si jamais Philippe Poutou ne pouvait participer. A contrario, cela signifie que sa présence entraine, mécaniquement, une avancée démocratique. Cela contribue donc à accorder un semblant de légitimité au jeu pourri.

Le 4ème mur, celui de la dénonciation de la démocratie bourgeoise, n’est toujours pas brisé. La pièce de théâtre continue.

La France Insoumise -dirigée par Jean-Luc Mélenchon- est un cas de figure autre. Elle franchit avec entrain et panache une ligne de démarcation essentielle : celle du chauvinisme. Celui de Mélenchon est outrancier, furieux, débridé. La France Insoumise est ainsi titulaire d’une triplé de fautes.

Premièrement, comme chez les deux précédents, l’économisme plat. Les changements proposés par la clique de Mélenchon sont du domaine du détail, toujours la même ritournelle. Augmentation des salaires, sans prise en compte de l’inflation, réduction du temps de travail, amélioration de la protection sociale…etc.

La politique, quant à elle, est un mélange de messianisme et de programme de transition. Comment une VIe République aboutirait-elle à autre chose qu’a une constitution sanctionnant les rapports de forces au sein de la société ? Comment une limitation « morale » de la finance peut-elle être mise en œuvre sans recourir à la force ? Comment croire que des nationalisations amèneraient à autre chose qu’a un transfert de la propriété formelle des moyens de production à l’Etat, non au peuple ? La planification écologique, elle aussi, est une chimère. Elle n’est nullement applicable autrement que dans un système socialiste d’économie planifiée. Or, ce système, qui exige de briser le pouvoir de la bourgeoisie, Jean-Luc Mélenchon ne l’apporte pas ; la France Insoumise ne l’apporte pas.

Ce qu’apporte, en revanche, ce programme, c’est un immense appui aux menées impérialistes de la bourgeoisie la plus réactionnaire et la plus chauvine.

L’obsession de Mélenchon est toxique : celle d’une idée de l’Etat français comme d’une espace dominé, colonisé, par l’ennemi germanique et américain. Dans sa conception du monde, non seulement la France Insoumise ne reconnaît pas l’impérialisme français, mais elle souhaite l’acoquiner avec d’autres : le russe et le chinois. Dans un sens, Jean-Luc Mélenchon fait plus fort que Deng Xiaoping, il invente une nouvelle théorie des trois mondes. Un monde constitué d’une sphère germano-américaine – les superpuissances; suivie d’une faite de puissance intermédiaires -France, Chine, Russie ; puis d’un Tiers-monde dont la France devrait, avec les BRICS, prendre le leadership.

Ainsi, pour citer son ouvrage, L’ère du peuple : « Dès lors, quel crève-coeur de voir la France rabougrie ! À cette heure notre République devrait se  dresser de toute la hauteur de son peuple sur la scène du monde. Elle ne devrait pas être enfermée dans la servile allégeance aux États-Unis d’Amérique et à leur dangereuse politique impériale. Elle ne devrait pas être cette pauvre chose ballottée par les événements, tenue en laisse par Mme Merkel. » Voici une illustration de la conception de ce triste sire, obsédé, tel un Foch, par le voisin d’outre-Rhin.

« Elle ne devrait pas vivre dans la gêne et sous le fouet d’une poignée de déclinistes payés pour la démoraliser et la faire douter d’elle. Au contraire elle devrait marcher aux avant-postes du nouvel âge de l’humanité qui se dessine sous nos yeux, être la cheville ouvrière d’une nouvelle alliance des peuples. »  En l’occurrence, c’est cette même France, celle qui impose des dirigeants, qui maitrise le Franc CFA, qui bombarde, qui exploite, qui vole, qui devrait, sans transformation aucune, prendre la tête de l’alliance mondiale est peuples heureux.

L’obsession de Mélenchon possède deux noms : OTAN et UE. En revanche, la capitalisme, l’impérialisme français ne sont jamais un réel problème.

L’économie de la mer, mise en avant par la F.I., est une ode à la grandeur des Zones Economiques Exclusives de l’Etat français. Une ode à la possession territoriale, à la maîtrise des océans, à l’exploitation ou la surexploitation des ressources halieutiques.

Toujours dans cet ouvrage de la main du chef : « Et avec 11 millions de kilomètres carrés, il dispose du deuxième territoire maritime du monde, juste derrière les États-Unis d’Amérique ! Cet espace représente plus de 16 fois notre territoire terrestre. La France continentale étale mille kilomètres de côtes. Mais 97 %  territoire maritime se situe dans les pays d’outre-mer si souvent regardés de haut ou délaissés par d’ignorants prétentieux.

 

Je suis consterné par l’indifférence qui règne face au potentiel que cette situation contient. La France a le quarante et unième territoire terrestre du monde. Mais en l’additionnant à son espace maritime, notre pays est un géant. Le sixième du monde, juste derrière le Brésil mais devant la Chine ou l’Inde ! Ce territoire s’est encore accru de 10%   dans les années 2000 sans tirer un coup de fusil. Cela parce que notre pays a pu remettre à temps à l’ONU les preuves scientifiques de la continuité physique des nouveaux territoires maritimes connus avec ceux déjà attribués aux Français !

 

Dès lors, sur cette nouvelle mappemonde, la France n’est pas la petite nation « occidentale » qu’a fait d’elle François Hollande en s’intégrant servilement aux politiques de l’empire nord-américain. C’est une puissance à vocation universaliste, présente sur les cinq continents dans leur contexte maritime. Mais la présidence actuelle ne connaît rien au sujet et ne s’y intéresse pas. »

« En ce sens c’est une « nation universaliste ». La France l’est d’une  façon très physique. Elle est présente sur les cinq continents. Sa plus longue frontière est avec le Brésil, ce que l’on oublie car on néglige l’existence de l’immense et magnifique Guyane française. »

L’Empire ne court pas de grands risques avec les sociaux-chauvins de cette trempe.

Le protectionnisme et les accords bilatéraux sont, également, un chant de sirène destiné a appâter le chauvin et le naïf en économie. Se replier sur les liens néocoloniaux, se couper de la concurrence internationale, du capital apatride… Dans le fond, ce projet revient à tenter de faire tourner la roue de l’histoire à l’envers, de brimer, brider, ramener en arrière le capitalisme. La solution est pourtant non dans la contrition des lois du capitalisme, mais dans leur dépassement, vers le socialisme, vers le communisme.

Quant aux militants de la F.I. ; une grande partie est très certainement de bonne foi. Tout comme la base du N.P.A., leur discours est souvent trois tons plus à gauche que la réalité du programme. A demi-mots, ils et elles admettent qu’il s’agit d’une ligne volontairement démagogue, chargée de rallier des suffrages. Ils et elles admettent le programme de transition, le discours sur l’UE et l’OTAN comme n’étant nullement suffisant. En revanche, ce qui n’est jamais accepté, c’est l’accusation de chauvinisme et de nationalisme outrancier.

Celle-ci est systématiquement rejetée avec force. Pourtant, aucun texte ne permet de démontrer l’hostilité à l’impérialisme français de la F.I. ; ni même la reconnaissance de son existence. A l’inverse, il existe une littérature, de la main même de Jean-Luc Mélenchon, qui stipule l’inverse. La lecture du Hareng de Bismarck, de L’ère du peuple, est -à ce titre- instructive.

Cette frilosité à l’égard de la critique de gauche rend, par ailleurs, la communauté des zélateurs de Mélenchon particulièrement agressive et hostile.

Négation de la dictature du patronat ; négation du caractère truqué des élections ; négation du caractère de classe de l’Etat ; économisme et programme de transition. Voici ce qui trace le pentacle du réformisme-radical.

 

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