Colonialisme et crime contre l’humanité. 1/2

La colonisation est un crime contre l’humanité.

Ces derniers temps, les propos sur la colonisation du candidat libéral, Emmanuel Macron, ont déclenché une levée de bouclier. En effet, devant la télévision Algérienne, celui-ci a déclaré que « la colonisation est un crime contre l’humanité. »

Immense tollé à droite, silence gêné à gauche.

D’un côté François Fillon, adepte du Roman National, riposta immédiatement, vociférant que « cette détestation de notre histoire » disqualifiait Emmanuel Macron comme un candidat valable. Lors d’un déplacement à Toulon, se sont les anciens combattants et les pieds noirs qui s’en sont pris à lui, pour le menacer et l’insulter sous le regard placide de la police. « Y a-t-il quelque chose de plus grave, quand on veut être président de la République, que d’aller à l’étranger pour accuser le pays que l’on veut diriger de crime contre l’humanité ? », s’est ainsi exprimée, quant à elle, la candidate frontiste. « Il n’y a rien de plus grave. » A-t-elle martelé. « C’est la justification utilisée par les voyous de banlieue pour agir, lutter, combattre contre la France et tout ce qui représente la France et notamment, évidemment, nos forces de l’ordre », a-t-elle ajouté. « Nous, la France, nous l’aimons d’une manière inconditionnelle. »

Difficile, lorsqu’une perche aussi belle est tendue, de ne pas s’en saisir. L’inconditionnel amour de la France, après tout, n’a-t-il pas emmené les camarades des fondateurs de ce parti à la défendre, dans les décombres d’un Berlin assiégé par l’Armée Rouge ? Nous connaissons le sens de cet amour inconditionnel, toxique, révisionniste et criminel. Mais soit, qu’avons-nous à attendre d’individus de ce genre? Qu’avons-nous à attendre d’individus et d’organisations dont la compréhension du monde qui les entourent ne dépasse pas celle d’un Lavisse, qui, au XIXe siècle, déclarait « Tu dois aimer la France, parce que la Nature l’a faite belle, et parce que l’Histoire l’a faite grande. » Laissons-les vivre dans le roman national, dans leurs mythes et leurs inventions. Qu’ils polissent encore leurs dagues SS en criant leur amour à Jeanne d’Arc.

De l’autre côté d’une barrière bien amoindrie, nous supposions que l’expression politique prendrait un tour intéressant. Face à une déclaration aussi percutante, nous pourrions nous attendre à une surenchère de la part des candidats de la gauche. Nous pourrions nous attendre à ce que les Hamon et Mélenchon rivalisent d’excuses et de condamnation envers les pages les plus criminelles de l’Histoire de France. Or, ce ne fut pas le cas. Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon ont déclaré qu’il n’était pas possible de parler de « crime contre l’humanité. »

L’excuse du candidat PS est la suivante : « Parce que cela veut donc dire que l’on envisage qu’une cour pénale internationale puisse juger des Français pour crime contre l’humanité d’une part, et d’autre part que nous hissons cette blessure-là au niveau de la Shoah, du génocide rwandais, du génocide arménien. Je ne veux pas rentrer dans une forme de concurrence mémorielle. » Belle esquive. Belle manière de ne pas poser la question du caractère criminel de l’impérialisme français. Difficile, là aussi, de s’attendre à autre chose, de la part du membre d’un parti, qui reste un des grands acteurs de la Françafrique.

Celle de Mélenchon ne manque pas de saveur ; pour un peu, elle aurait l’apparence d’une définition de dictionnaire du terme « néant. » Incapable, comme souvent avec les trotskistes, de prendre position, le candidat de la France Insoumise s’est borné à déclarer « qu’un Français doit peser ses mots quand il parle de l’Algérie », « Nous condamnons tous la colonisation. C’est un sujet très douloureux, on ne doit pas dire de bêtises, il faut peser ses mots ». Or, déclarer ceci, qu’est-ce si ce n’est ne rien déclarer ?  « La colonisation est un fait qui doit concerner les historiens », voilà bien comment ne rien en dire. « Sur les sujets centraux de l’histoire de France, Emmanuel Macron devrait beaucoup réfléchir » et s’exprimer « avec beaucoup de délicatesse ». Inviter à la délicatesse, mais ne pas prendre de position, voilà une entourloupe typique de cette engeance centriste, incapable de prise de position.

Pourtant, le record dans l’aveuglement est décerné à Emmanuelle Cosse, de EELV. Celle-ci a indiqué qu’elle «n’utiliserait pas le terme de crime contre l’humanité», elle estime toutefois que «la colonisation fait partie des erreurs» de l’Etat français. C’est donc « une erreur», le fait d’avoir sciemment orchestré la domination, l’asservissement, la surexploitation d’une large partie du Monde. Un ridicule achevé. Une erreur est une condamnation d’un innocent. Une erreur est une manœuvre catastrophique. Une erreur est une mécompréhension tragique. La colonisation n’est pas une bourde, elle fut un système cohérent.

Tempête dans un verre d’eau, pourtant, tant les propos d’Emmanuel Macron furent nuancés. Véritable professionnel du double-face, il fut capable tant de parler de crime contre l’humanité que d’y trouver des aspects positifs.

Ainsi, dire «La colonisation fait partie de l’histoire française. C’est un crime, c’est un crime contre l’humanité, c’est une vraie barbarie et ça fait partie de ce passé que nous devons regarder en face en présentant aussi nos excuses à l’égard de celles et ceux envers lesquels nous avons commis ces gestes. » est une position que nous ne saurions critiquer. Mais le fait de tenir la rhétorique suivante: « Alors oui, en Algérie il y a eu la torture, mais aussi l’émergence d’un Etat, de richesses, de classes moyennes, c’est la réalité de la colonisation. Il y a eu des éléments de civilisation et des éléments de barbarie. » apporte un autre regard.

Devant les pieds noirs et les anciens combattants, le candidat de « En Marche ! » à ainsi nuancé : « Mes propos n’étaient pas destinés contre vous, en rien. C’était simplement reconnaître une responsabilité de l’Etat français, et nous ne devons pas nous dérober. » A la lecture de ceci, il serait difficile de ne pas opiner -quelque peu- du chef, et d’accorder que ceci n’est pas intégralement faux. Mais la vision nuancée de l’ex-ministre ne s’arrête pas là : « la colonisation a introduit une modernité par effraction »; « des dizaines de milliers d’instituteurs, de médecins, de fermiers ont beaucoup donné à l’Algérie ». En revanche, c’est notre interlocuteur qui, là, par effraction, tente de faire voir le colonisateur sous un beau jour. Nous allons y revenir.

Nous savons rendre à César ce qui revient à César. Les libéraux, comme Macron, n’ont généralement pas été des soutiens farouches de la colonisation. Cette forme d’économie protectionniste rentrait en contradiction avec leurs conceptions économiques. Possible qu’ils soient également humainement choqués par les crimes commis lors de ces années de répression et de surexploitation.

Il n’est pas rare d’entendre ou de lire certains de ces libéraux s’offusquer des propos réactionnaires, sexistes, racistes. Ainsi Laurence Parisot, ex-présidente du MEDEF, s’était emportée contre Eric Zemmour, que cela soit par rapport au sexisme du chroniqueur, tout comme à son racisme ouvert.

Il n’est pas impossible qu’Emmanuel Macron ne soit pas empreint d’un « amour intégral » à l’idée d’un pays torturant et massacrant allégrement les « indigènes ».  Cela dit, ce qu’il s’abstient de dire, ce que s’abstient de dire chacun des candidats qui font mine de cracher sur la colonisation, c’est une chose terrible. Simple, mais terrible. C’est qu’elle fut une chose logique et cohérente.

La colonisation française n’est pas fille d’une mission divine, d’un « accident de parcours », elle est le fruit d’une logique.

L’Impérialisme français, ce terme que se refusent à employer chacun des candidats, de Jean-Luc Mélenchon le chauvin à Le Pen la fasciste, est la racine même de l’explication de tous ces crimes. (La suite ici)

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