Attentat aux Champs-Elysées – combattre l’opportunisme.

 

Jeudi 20 avril 2017, un homme a attaqué à main armée une camionnette de Police sur les Champs-Elysées, tuant un policier, en blessant grièvement un second ainsi qu’une touriste avant d’être lui-même abattu. Immédiatement après, l’organisation fasciste Daesh revendiquait l’attentat.

Tout aussi immédiatement, les charognards habituels se sont empressés d’agir en fonction de leurs intérêts : François Fillon et Marine Le Pen ont ainsi immédiatement vociféré, s’empressant de dévorer les corps encore chauds, d’en faire des piédestaux pour lancer leurs discours de division, de haine, de fracturation des classes populaires.

François Fillon, enfonçant le clou, parla même de « plusieurs attaques », malgré leur inexistence. Plongeant à pieds-joints dans les fake news, au détriment des preuves. Tant que la peur subsiste, la vérité peut bien être tordue en tout sens.

Nous condamnons cet attentat comme une volonté d’attiser la division et la haine. Nous condamnons les récupérateurs, les nécrophages, qui, immédiatement, s’en emparent.

Comme nous le mentionnions dans cet article déjà daté mais toujours valable : « Mettre dos à dos les fascistes et Daesh. » De facto, les deux sont des alliés objectifs et s’entraident dans un système de pensée circulaire qui se renforce mutuellement.

La misère, l’exclusion sociale, le racisme sont un terreau de recrutement pour l’organisation obscurantiste. Celle-ci table son fond de commerce sur un discours symétrique à celui des fascistes : L’Islam et l’occident seraient incompatibles, antithétiques, irrémédiablement insolubles l’un dans l’autre. L’un et l’autre des discours se font écho, se répondent mutuellement, en bref, se montrent cohérents et compatibles l’un envers l’autre.

Les deux sont les acteurs d’une prophétie auto réalisatrice.

Plus l’extrême-droite avance ses pions idéologiques, plus ses tentacules pénètrent la société, les pensées, les actes, plus – par effet de symétrie – celles de Daesh trouvent un appui. Daesh, au contraire d’autres organisations prosélytes, ne prône pas un « califat mondial », une volonté d’évangéliser la Terre entière.

Elle veut, dans une espèce de soupe informe mêlant nationalisme et messianisme, la création d’un califat localisé dans le Levant et en Irak. Au maximum, l’ensemble de ses branches revendique un territoire qui correspond grossièrement à l’expansion maximale du monde musulman avant la Reconquista et les Croisades.

Les fascistes, eux aussi, défendent une propagande axée sur une volonté de contrôler, de conserver, de structurer un espace revendiqué comme national. Cela ne se double pas d’un message universaliste, d’une prétention d’apporter à l’humanité entière une réponse à ses problèmes, mais bien, uniquement, de clamer « chacun chez soi et chacun ses problèmes. »

L’un et l’autre des projets ne s’excluent pas mutuellement. Les fascistes se gargarisent du chaos que peut semer Daesh -n’hésitant pas, comme en est soupçonné le Flamand Claude Hermant, à fournir aux assassins l’armement nécessaire à leurs opérations. D’une part par appât du gain, de l’autre par véritable intérêt politique. Le chaos réactionnaire est l’opportunité, pour les fascistes, d’arriver comme des sauveteurs, des sauveurs, et d’être appelés au pouvoir. C’est ainsi qu’ils ont toujours obtenu leurs fonctions, les urnes étant, au final, secondaires. Faciliter la tâche de leurs alliés -objectifs et même subjectifs dans ce cas de figure – est donc parfaitement dans leurs cordes.

Il ne fait pas de doute que la présidentielle dans l’Etat Français est dans les esprits de Daesh. Cette attaque est un cadeau fait à l’extrême-droite. C’est une offrande.

L’ironie des ironies est que ceux qui s’empressent de jouer les spéculateurs forcenés, de faire monter les enchères, sur la mort de ce policier, n’auraient probablement pas bénéficié du moindre soutien de celui-ci de son vivant.

Xavier Juegle, 37 ans, était un policer membre du syndicat FLAG !, la branche LGBT+ de la Police, au sein duquel il était particulièrement impliqué. Il était également pacsé avec son compagnon, et, depuis peu, père adoptif. Les documents qui ont pu être rassemblés sur ses opinions et sur ses pensées laissent peu de doutes quant au fait qu’il n’aurait probablement pas glissé un bulletin national-catholique ou fasciste dans l’urne.

François Fillon et Marine Le Pen, tous deux hostiles au mariage pour tous et toutes, tous deux hostiles au PACS, tous deux hostiles à l’adoption pour les couples homosexuels, n’indiquent pas une forte proximité avec les positions de la victime.

Les opportunistes n’en ont cure, ils se nourrissent, en bons charognards, de tout ce qu’ils peuvent trouver, quitte à tordre la vérité.

En revanche une partie de l’extrême-gauche a été immédiatement ciblée par les « démocrates », les « progressistes », sous le prétexte qu’un policier progressiste ait été tué, et que cela exige que les communistes et les anarchistes marchent main dans la main et pleurent de concert avec la police républicaine.

Il est essentiel de répondre à ceci.

Lorsque les manifestations de policiers eurent lieu, l’an passé, l’Unité Communiste de Lyon avait déjà donné une position sur la Police. Oui, il existe des policiers authentiquement progressistes, gentils, aimables, sincères dans leur volonté de faire régner une certaine idée de la justice et de l’ordre public. C’est une indéniable vérité. Cependant, il est tout aussi indéniable que les idées progressistes sont loin d’être hégémoniques au sein de ce groupe social.

Il existe une grande part de membres de la police qui, à l’inverse, sont des réactionnaires convaincus, des fascistes de premier ordre, des brutes épaisses enrobées de sadisme. C’est, également, un fait indéniable.

L’existence d’une aile gauche et d’une aile droite, de positions plus progressistes et de positions plus réactionnaires est une constante dans chacun des compartiments de la société, quelque soit l’échelle. Même entre deux individus, l’un sera plus progressiste, l’autre sera plus réactionnaire. De même Il existe des ouvriers réactionnaires et des bourgeois progressistes.

Cependant, notre rapport à la Police n’est pas un rapport individuel, il est une question de fonction sociale.

La fonction de la police est d’exécuter les ordres de l’Etat bourgeois, de maintenir l’exploitation la plus efficace des travailleurs par la bourgeoisie. Elle est le moyen par lequel l’ordre tient, reste, résiste contre les volontés de changement, contre les volontés de transformation de la société. Elle n’est pas, contrairement aux prétentions de Lutte Ouvrière, une part de la classe ouvrière, elle est un corps détaché, séparé, dévoué uniquement à la répression. Par sa fonction, elle représente, indépendamment de la qualité de ses membres, un ennemi.

Que la police le fasse dans le respect de la déontologie, comme le voudrait Mélenchon, ou dans la violence maximale, comme l’appelle de ses vœux Le Pen, ne change pas le fond de l’affaire. Elle est une ligne de défense de l’ordre bourgeois contre les travailleurs, contre les révolutionnaires.

Certes, il est plus agréable de savoir la police contenue par des règles et des brides, mais elles sont illusoires et seront lâchées dès qu’une menace apparaîtra.

C’est pour cela que nous ne nous réclamons pas de l’esprit « Charlie », que nous n’avons pas « embrassé un flic. »

Nous condamnons cet attentat comme étant l’expression d’une volonté de chaos réactionnaire, d’une volonté consciente de servir la soupe aux fascistes.

Nous sommes solidaires des familles des victimes et nous exprimons notre solidarité. Nous ne nous réjouissons jamais des tueries et des massacres.

Mais nous ne saurions clamer « vive la Police. » Nous ne saurions soutenir les forces de répression et acclamer leur œuvre.

Nous ne saurions acclamer l’Etat bourgeois et de ses gouvernements, grands fournisseurs du terreau fertile d’où naissent les réactionnaires.

Les thèses et les discours qui promeuvent la division, la fracturation des classes populaires, ces thèses dont les fascistes et les obscurantistes sont porteurs, doivent être balayées sans la moindre concession.

L’unité populaire est l’arme contre ceux qui veulent instiller la division.

L’unité populaire est le fer de lance de la contre-offensive contre les exploiteurs et leurs alliés réactionnaires -occasionnels ou réguliers.

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