Le grand débat ou la farce de la démocratie participative. Partie 1

Le grand débat ou la farce de la démocratie participative.

Emmanuel Macron a annoncé le lancement du Grand Débat. Il a annoncé qu’il enverrait une lettre à tous les Français et toutes les Françaises pour leur en expliquer les tenants et les aboutissants. Le but est de débloquer une situation qui demeure toujours congestionnée.

La lutte des Gilets Jaunes se poursuit inlassablement. Or, la stratégie de l’ignorance et du pourrissement choisie par le gouvernement tend à se retourner contre ses promoteurs. Le temps entame certes les forces mobilisées, mais il a surtout poussé à l’amorce d’une décantation politique de la mobilisation.

Le mépris, la surdité, la négation de la légitimité du mouvement a nourri en retour une négation de celle du régime politique actuel. Le rejet de l’État, des institutions, de la démocratie bourgeoise devient une norme dans le mouvement. Et cela déplaît.

Cela déplaît tant au gouvernement, qui veut certes écraser les masses, mais les maintenir dans le giron d’une démocratie truquée et pacifiée, mais également aux électoralistes, pour qui le rejet de la démocratie bourgeoise est tout aussi détestable, car il est ce qui fait vivre leur business. In fine, il existe une alliance sacrée contre l’extra-parlementarisme, qui se base sur les attaques contre le mouvement des Gilets Jaunes, contre leurs assemblées, contre leurs revendications. Elle se base aussi sur un soutien à cette idée de « Grand débat démocratique » dans le but de calmer les esprits et de mettre un point finale à la brouille intense, qui pourrait nuire à l’élection d’euro-députés PS, LR, LREM ou autres encore dans les mois à venir. La pression grandissante des élections européenne poussera les organisations politiques à se démasquer.

Emmanuel Macron a donc écrit une lettre aux français et aux françaises. Il faut bien poser les limites du débat. En démocratie bourgeoise, on ne débat pas de tout n’importe comment ! Entre deux insultes faites aux exploités et aux exploitées, mentionnant leur absence de goût pour l’effort, le fait qu’il y ait de la « déconn[ade] » avec les minimas sociaux, notre tribun trouve le temps de coucher une lettre d’amour sur le papier.

Une belle lettre d’amour se cache derrière des formules propres à flatter l’amour-propre des Français et des Françaises, sur l’exceptionnalisme français, son caractère unique en termes de démocratie pure et parfaite, son histoire de moteur de l’avancée de la civilisation. « La France n’est pas un pays comme les autres. Le sens des injustices y est plus vif qu’ailleurs. L’exigence d’entraide et de solidarité plus forte. »

Nous voudrions interpeller le Président de la République pour savoir quels sont les « autres » qui sont cités ? Où l’exigence d’entraide et de solidarité est-elle moins forte ? « C’est pourquoi la France est, de toutes les nations, une des plus fraternelles et des plus égalitaires. » Il est amusant de savoir que, si on se base sur le coefficient de GINI qui marque les écarts de richesses dans le pays, la France n’est pas particulièrement bien placée, et dégringole de plus en plus. Elle est derrière le Tadjikistan, l’Afghanistan, l’Ukraine, le Bélarus, l’Allemagne, et à peine devant le Bangladesh. Le Timor-Oriental pourrait donner des leçons.

Les tentatives pitoyables de tordre l’histoire de France ne résistent pas à un examen un tant soit peu sérieux. Elles ne font illusion que dans la mesure ou elles sont servies par des années d’enseignement d’un roman national putréfié. La fraternité de la bourgeoisie, les Gilets Jaunes ont pu la voir aujourd’hui. Les habitants des quartiers défavorisées la vivent pleinement depuis des décennies. Les habitants des colonies et des néo-colonies la sentent toujours dans leur chair.

La Liberté en France, même selon des critères libéraux, est faible. On est loin de l’apologie faite par Macron, qui la caractérise comme « une des [sociétés les] plus libres, puisque chacun est protégé dans ses droits et dans sa liberté d’opinion, de conscience, de croyance ou de philosophie. » En réalité, au niveau des droits humains, la France se classe 31ème, et divorce jour après jours du podium. En cause : les violences policières, le monopole de la presse et des médias par une poignée de milliardaires, les infractions aux libertés religieuses… Un bilan peu reluisant. « Chaque citoyen a le droit de choisir celles et ceux qui porteront sa voix dans la conduite du pays, dans l’élaboration des lois, dans les grandes décisions à prendre. » Ce que Emmanuel Macron omet de mentionner, c’est que, par exemple, son élection n’a été possible que grâce aux largesses immenses de ses financeurs, qui lui ont permis (avec des rabais illégaux) de pouvoir faire sa campagne électorale. Dopé par les investisseurs, qui ont, avec clairvoyance vu en lui leur fer de lance, mais également par la médiocrité de ses concurrents, il n’a pas eu tant de difficultés que ça à s’imposer. Il en est toujours ainsi lorsqu’on reste dans la droite ligne des intérêts de la bourgeoisie.

Le gouverneur de la Banque de France, représentant du cartel des banques, doit valider le budget de l’État pour permettre à celui-ci de pouvoir être financé. Pour peu que le programme ne plaise pas, il est retoqué. Chaque fois que des gouvernements ont voulu se heurter à cette émanation du capitalisme financier -à l’exception du Front populaire, un temps seulement, et grâce à une immense mobilisation populaire- les gouvernements ont cédé. Edouard Herriot président du Conseil, en 1924, s’est ainsi retrouvé sans le sou et à du céder. Même Vichy, qui avait voulu donner aux nazis l’or des réserves de la Banque de France, à reçu un niet ferme et indiscutable.

Le MEDEF et les entreprises qui forment le capitalisme monopolistique d’État sont une deuxième barrière à la démocratie. Le pouvoir du patronat est immense, mais celui d’une partie d’une aristocratie d’État également. Les deux, de toute manière, sont si intimement imbriqués qu’ils forment un ensemble insécable. Après tout, le premier client et promoteur de Thalès, Dassault, Sagem, Matra, Alstom, Areva… c’est l’État.

Dans les faits, le bulletin de vote à si peu de valeur face à l’énergie immense que mettent ces forces sociales à défendre leur intérêt qu’il ne sert qu’a choisi la couleur du laquais servile qui exécutera leurs commandes.

Il est souvent point du doigt la propension qu’ont les Américains à avoir la conviction que leur pays est le n°1 en tout. Pour un peu, la lettre de Macron est tout aussi imbue d’une vision mythifiée de la France. L’une des expressions de cette autosatisfaction est celle-ci : « Notre pays a toujours su accueillir ceux qui ont fui les guerres, les persécutions et ont cherché refuge sur notre sol. » Comprendre la référence est pénible. La France a le plus souvent entassé les persécutés d’ailleurs dans des camps de concentration qui ne disaient pas leur nom. Les Juifs fuyant le nazisme, les Espagnols le franquisme, ont été traité par la IIIème République avec une suspicion de chaque instant…avant d’être remis à leurs bourreaux, pour une grande partie d’entre eux. En revanche, elle s’est donné à cœur joie une mission de soutien aux régimes les plus corrompus, les plus réactionnaires, les plus obscurantistes. Elle-même s’est invitée largement sur près d’un quart de la planète, en enrichissant grandement l’histoire par une série de massacres commis sur les populations désarmées. Une série qu’elle s’évertue de poursuivre avec une assiduité sans faille.

« Comment ne pas éprouver la fierté d’être Français ? »

Belle question.

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