Contre les manigances de la bourgeoisie, défendre le journalisme d’investigation.

La situation ne date pas d'hier, mais l'ampleur que celle-ci prend est plus qu'inquiétante. La révélation, par le journal le Canard Enchaîné, du Penelopegate a entrainé une réaction virulente. Celle-ci est particulièrement révélatrice de l'état d'esprit, inquiétant, dans lequel se trouve la bourgeoisie de France.

L'attitude de crier à la théorie du complot, au lynchage médiatique, de crier à l'invention de faits était, auparavant, un apanage plutôt réservé à l'extrême-droite. Combien de fois les fascistes et consorts ont-ils déversé leur haine sur les "journalopes" ?

Nous aurons, par ailleurs, l'occasion de revenir sur ce mot-valise et sur tant d'autres, mais le propos, pour le moment, n'est pas ici.

La presse n'est pas étrangère à la lutte des classes. Un tour d'horizon des publications suffit pour s'en convaincre. La carte tracée par le Monde Diplomatique / Acrimed l'illustre parfaitement. Il n'est nullement étonnant que nous ne trouvions guère de publications favorables aux idées communistes, que nous ne trouvions que peu de médias luttant contre l'influence des conceptions et des idées bourgeoises. Nous en prenons bien-sûr acte. Nous ne tarissons pas de critiques à l'égard de certains journaux, de certains médias. Ce n'est pas un hasard si, au classement de la liberté de la presse, l'Etat Français arrive 45ème.

Encore faut-il être capable de pouvoir discerner deux choses différentes : ce qui est du ressort de la retranscription de faits à travers une grille de lecture réactionnaire et l'invention pure et simple de faits. C'est une ligne de démarcation qui devient majeure, en ces temps de faits alternatifs. C'est celle que nous posons entre une presse bourgeoise du type du Figaro, du Point, de BFM-TV ou autres, et celles issues de la fachosphère, les F.Desouche, les Minute, les Dreuz, les La Gauche m'a tuer, mais aussi les Infowars des USA… etc. C'est dans cette catégorie également que nous classons les médias de la Maskirovka [le camouflage / la tromperie] en commande directe depuis le Kremlin: Russia Today; Russia beyond the headlines et Sputnik.

Cette distinction est essentielle, car c'est ce qui permet de poser les bases d'une activité militante, le fait de disposer d'informations factuelles. Nous ne comptons pas sur les médias bourgeois pour l'analyser, mais bien sur nos propres forces. Cependant, sans informations, sans intelligence, aucun travail n'est possible.

Nous même, dans nos propres rangs, devons combattre la tendance qui peut exister à la déformation des faits, à l'invention, laquelle est en infraction complète avec la phrase de Lénine "Seule la vérité est révolutionnaire." Nous avons, nous aussi, notre lot de censeurs, d'adeptes de Dame Anastasie parmi ceux qui se disent dans nos rangs.

Les journalistes d'investigation jouent un rôle important, en faisant éclater les scandales que la bourgeoisie tente d'enterrer. Le Canard Enchaîné est critiquable sur un certains nombres de points, par ailleurs soulevés dans plusieurs publications  [Le Vrai Canard ; Un délicieux canard laquais…], mais un simple coup d'œil au nombre d'affaires révélées par celui-ci nous montre combien il peut être une épine dans le pied d'une bourgeoisie qui, en plus d'établir les règles, n'hésite pas à les transgresser. 

Le scandale Stavinsky, l'affaire des diamants de Giscard d'Estaing, l'affaire Maurice Papon, les faux électeurs de Tibéri, mais encore le scandale du sang contaminé ou les tractations, les arrangements, les manigances de nombreux hommes et femmes politiques de ces dernières années… Ce journal a plusieurs fois été au centre de l'actualité.

Plusieurs fois, le Canard Enchaîné a été attaqué pour ses publications, pour ses révélations. C'est une chose logique. La bourgeoisie, prise la main dans le sac, ne fait généralement pas œuvre de contrition et d'autocritique. Comme un enfant capricieux, elle trépigne, elle accuse, elle rejette la faute. Nombre de fois, elle ne s'exprime pas sur le fond de l'affaire, mais se contente d'attaquer le fait qu'elle soit révélée.

Ainsi, lorsque cet homme, auprès du journaliste de Quotidien, pourtant émission de TF1, comparait le fait de révéler un scandale et celui de conduire un train pour Auschwitz. Difficile de ne pas voir, dans les propos de ce militant, une pointe d'agressivité mal placée. Rien de neuf.

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Sauf qu'une terrible lame de fond réactionnaire, alimentée par les tensions internationales, par l'aggravation de la lutte des classes en période de crise, déferle. Elle donne naissance à ce fruit vénéneux, celui de la traque aux journalistes, celui de l'affrontement entre les médias et les politiques, notamment initié par Donald Trump.

Historiquement fond de commerce de l'extrême-droite, l'acharnement médiatique, même autour de faits indubitables, est devenu une ligne comme une autre. Aux USA, la campagne de Trump s'est déroulée dans une ambiance d'opposition aux médias, y compris ceux -comme Fox News- marqués pour leur sympathie pour les Républicains.

Comptant sur les médias alternatifs et sur les faits alternatifs, cette campagne -comme nous le développions dans notre dossier sur la guérilla informationnelle– a surpris tous les observateurs pour sa capacité à déborder les facultés d'analyse des spécialistes.

Dès lors, quelle raison reste-t-il pour ne pas employer cet argument ? Aucune. Ainsi, quand Jean-Pierre Raffarin, ancien premier ministre, ouvre le meeting de François Fillon, il fait huer les journalistes par les militants présents. Quand Fillon prend la parole, il ouvre le feu directement contre eux, les accusant d'avoir voulu le salir.

Le ton est donné, la campagne se fera contre les journalistes, contre la vérité, contre les faits.

C'est une brèche ouverte, elle avalise le fait que la tricherie, le mensonge frontal, sont désormais une ligne comme une autre. Les faux existent depuis longtemps, comme armes de la réaction. Pensons ainsi au Protocole des sages de Sion, créé de toutes pièces par l'Okrhana. Pensons aux fausses accusations, aux inventions, de la propagande anticommuniste. Les exemples ne mentent pas. Mais ce qui marque une nouvelle étape, c'est le caractère ouvert et l'aplomb considérable des menteurs.

Dans les années 1940, avant d'être parmi les victimes du Mont Valérien en 1942, le philosophe communiste Georges Politzer publia un ouvrage: Révolution et contre révolution au XXe siècle.  Cet ouvrage caractérise pleinement la conception de la vérité qu'ont les bourgeois en période de crise.

En citant ceci, nous ne sommes pas en train de considérer que la bourgeoisie de France est devenue ouvertement fasciste. Nous considérons, en revanche, qu'elle utilise des méthodes qui s’apparentent à celles utilisées par les réactionnaires et les chauvins de toute espèce. Seulement, les fascistes n'ont pas hésité à clamer qu'ils avaient comme ambition de déformer la vérité, chose que la bourgeoisie se défend de faire.

Dans cette conférence, intitulée : « la liberté de la science », M. Rosenberg a fait la déclaration suivante :" Il y a une conception catholique et une conception protestante de l'histoire. A côté des conceptions religieuses de l'histoire apparaissent les conceptions nationalement teintées. Nous croyons qu'il est temps d'annoncer une façon allemande de considérer l'histoire" (M. Rosenberg, "Blut und Ehre", tome 2 ; page 210).

M. Rosenberg constate donc qu'il y a une déformation ecclésiastique et une déformation chauvine de l'histoire. Il en tire la conclusion qu'il est temps d'ajouter aux déformations déjà existantes une déformation nouvelle, la déformation « allemande », c'est-à-dire, selon lui, national-socialiste.

Déformer ainsi les faits, c'est ce que M. Rosenberg appelle « la liberté national-socialiste de la science ».

Déformer l'histoire, c'est refaire l'histoire du passé selon les besoins du présent ; c'est subordonner l'histoire aux exigences d'une propagande.

(…)

Dans "Mein Kampf", M.Hitler établit la comparaison entre la propagande politique et la réclame.

"Que dirait-on, écrit-il, d'une affiche destinée à vanter un nouveau savon et qui dirait qu'il y a aussi d'autres bons savons ? On secouerait la tête. Il en est exactement de même en ce qui concerne la réclame politique" ("Mein Kampf", édition allemande de 1 935, page 200).

M.Hitler montre lui-même qu'il conçoit la propagande politique comme une réclame politique, conduite selon les principes de la publicité commerciale. Il soutient que la propagande vraie est, comme la publicité vraie, celle qui réussit, et que la propagande n'a pas à chercher la vérité objective dans la mesure où elle est favorable à d'autres pour l'exposer ensuite avec sincérité doctrinale aux masses."

Mais la réalité ne se truque pas éternellement. Les faits reviennent au galop quand ils sont chassés. Il n'est pas possible d'abolir la lutte des classes par le mensonge, ni d'abolir aucun des faits issus de lois objectives de l'économie et de la société.

Si nous savons que la presse bourgeoise ne nous sera jamais favorable, nous savons aussi que la vérité teintée par la réaction est préférable au mensonge et à l'analyse complotiste. Inutile de s'offusquer de l'inégalité de traitement qui nous est accordée, à nous qui voulons défendre le camp du peuple.

C'est une des fautes des candidats de la gauche réformiste radicale, tels que Jean-Luc Mélenchon, dont les militants ont dénoncé l'inégalité de couverture de son meeting de Lyon. En rentrant dans ce jeu dangereux de l'attaque contre les médias, non de l'explication de la place de ceux-ci dans la lutte des classes, le candidat de la gauche insoumise dérape. Ce dérapage est le miroir de la grande faiblesse stratégique de cette candidature : sa négation de cette lutte.

La question médiatique est une question centrale dans la diffusion de l'idéologie communiste. Nous savons que dans ce cadre précis, la presse bourgeoise nous sera résolument verrouillée et hostile. Nous ne pouvons compter que sur nos propres médias pour cette tâche essentielle.

Cependant, indépendamment de ce but positif, nous considérons qu'il est essentiel que la liberté d'enquête et de révélation des journalistes soit défendue. Nous avons pu voir, avec la révélation de nombreuses pratiques de la Police, combien le droit démocratique à l'information est un droit précieux.

Le fait de pouvoir contrer les fausses nouvelles, les rumeurs, est une chose essentielle. Lorsque la Police ment pour prétendre qu'elle sauve des enfants de voitures en feu, nous devons le savoir.

Les attaques des réactionnaires, des bourgeois, des fascistes et de la police, contre ceux qui viennent fouiller dans leurs affaires, sont révélatrices. Elles sont une illustration du fait que ceux qui cherchent à faire éclater la vérité sont des alliés objectifs des progressistes dans la lutte des classes.

Nous ne pouvons que saluer le travail des journalistes d'investigation honnêtes, et nous ne pouvons qu'espérer que les scandales, que peuvent révéler ces travaux, servent de catalyseur à une colère populaire juste.

Contre les falsificateurs, les révisionnistes et les menteurs !

Encore une fois, la vérité seule est révolutionnaire.

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