Présidentielle en Corée du sud : une démocratisation ?

Présidentielle en Corée du sud : une démocratisation ?

Quelque mois auparavant, dans nos colonnes, nous avions abordé la question de la Corée du Sud et de la destitution prochaine de sa présidente. En effet, après la révélation de liens entre la présidente Park Geun-Hye et une des multiples sectes anticommuniste des manifestations monstres se sont déroulées au pays du matin calme.

Cette destitution ouvre non seulement la voie à de nouvelles élections, lesquelles auront lieu le 9 mai 2017., mais également a une possible alternance avec le Parti Démocrate Unifié, plutôt partisan d’une ouverture vers la Corée du Nord.

La présidente destituée.

La mobilisation populaire, les manifestations de grande ampleur qui ont secoué Séoul, ont porté leurs fruits. La présidente Park Geun-Hye, fille de l’ancien dictateur Park Chung-Hee, a été destituée. Etant inculpé dans pas moins de treize affaires de corruption, d’abus de pouvoir, ou de coercition, elle se trouve actuellement en détention provisoire.

Manifestations en Corée du Sud – Source 20 Minutes

Cette président était la dirigeante autoritaire d’un pays à la société caporalisée. En Corée du Sud, le simple fait de défendre les droit sociaux peut être vu comme une trahison au profit du voisin du nord, tenir un piquet de grève peut valoir cinq années d’emprisonnement.

Dans ce cadre, la chute de la présidente Park peut être vue comme une première étape d’un processus de démocratisation en Corée du Sud.

En effet, à l’instar de l’État espagnol, la dictature anti-communiste ne s’est jamais réellement dissoute. Elle s’est parée des ors de la démocratie bourgeoisie, s’est libéralisée pour éviter l’opprobre générale et l’explosion des tensions internes. Cela ne doit pas tromper pour autant, tout comme dans l’Etat espagnol, les institutions et les dispositifs juridiques issus de la dictature sont toujours présents, toujours prêts à servir.

L’élection à venir n’est nullement une révolution prolétarienne. Cependant, elle peut potentiellement être un signe d’une certaine démocratisation de la société, étouffée par le poids des réactionnaires et la présence militaire US.

Un favori en faveur de l’autonomisation du pays

Les sondages préalables à l’élection du 9 mai donnent le démocrate Moon Jae-In favori. Il était le principal opposant à Park. Son programme présente une volonté d’apporter un « changement de gouvernement ». Plus de droits sociaux, la défense des droits de l’homme, régulièrement bafoués par une police qui n’a rien à envier au Kempetaï de l’époque coloniale.

Fait intéressant, son parti est un promoteur d’une ouverture au nord. En effet, le Parti Démocrate propose des sommets réguliers, un accord de paix -la situation est toujours formellement un armistice- et -chose étonnante- une politique commune de défense ainsi qu’une reconnaissance mutuelle. Ce sont dans ses aspects qu’il est important de chercher une explication à la manœuvre militaire US.

Le Japon Showa en 1931

Ce projet représente, même si son application se heurte à une cohorte d’obstacles, une déclaration de volonté fracassante. Une première rupture avec la situation actuelle, celle de l’assujettissement de la Corée du sud par les USA, celle de son maintient en caserne militaire, en chien de garde du front Pacifique.

La propagande bourgeoise fait de la République Populaire Démocratique de Corée le seul et unique responsable des conflits, tant de la Guerre de Corée que des tensions actuelles. Ceci représente une falsification de l’Histoire. En effet, comme ce fut le cas dans les zones d’occupation en Allemagne, en Indochine / Viêt-Nam et dans la péninsule coréenne, les occidentaux ont entériné la partition. Ceci n’est pas une affabulation, il s’agit -simplement- d’une stricte application de la doctrine du containement.

Dans le cas de la Corée du Sud, les USA, qui occupaient la ligne en dessous du 38° parallèle, ont autorisé la participation des partis issus de la collaboration et du colonialisme japonais. Certains historiens américains actuels comparent, non sans humour, la Guerre de Corée comme étant l’équivalent d’une attaque de la France sur la France de Vichy.

Cet attachement, renouvelé sans cesse, des USA à la Corée du Sud est la résultante de plusieurs facteurs : la Corée est profondément antijaponaise, suite au passé colonial, dont le Japon, par ailleurs, s’obstine à nier les crimes.

Entre le géant japonais pro-US et le géant Chinois, la Corée n’hésiterait probablement pas dans ses choix d’alliance, si elle était livrée à elle-même et réunifiée.

Cela menacerait ce verrou US, lequel contenait l’accès maritime de l’URSS au Pacifique ; lequel contient l’accès de la Chine à ce même espace aujourd’hui.

Nous ne faisons pas d’angélisme cependant, l’exploitation de la main d’œuvre du Nord par le Sud est une idée qui séduit le candidat. Celui-ci ne veut pas, non plus, limiter le pouvoir des capitalistes Coréens, au contraire, son souhait est de leur donner plus d’allant, plus d’entrain.

Mais ceci pourrait nuire aux intérêts US, lesquels regardent d’un mauvais œil tout velléité d’indépendance.

Un revers pour les États-Unis

Si Moon Jae-in est élu, et applique son programme, cela signifiera un nouveau revers pour les Etats-Unis en Asie.

Rodrigo Duterte

Aux Philippines, l’élection du pro-Poutine Rodrigo Duterte a été un coup dur pour Washington, qui perd son plus vieil allié dans la région. Le Japon est toujours présent, mais subit le poids d’une dette colossale. Les relents ultranationalistes, nostalgiques de l’ère Showa qui transparaissent dans les discours de Abe Shinzo, laissent supposer une certaine volonté de faire cavalier seul.

Les USA ne peuvent se permettre de perdre la péninsule coréenne. Cela serait un signal extraordinairement néfaste. Tandis que le discours officiel est basé sur l’isolationnisme, la nouvelle administration a pourtant réitéré des promesses d’aide accrues à la Corée du Sud, contre le voisin terrible.

La seule région où les Etats-Unis sont encore en position de force reste l’île de Taiwan. L’île est un bastion du Guomindang depuis la fuite de son armée en 1949, face à la victoire de l’Armée Populaire de Libération. Les tensions menacent de prendre une tournure belliqueuse à tout moment.

De la Syrie à la Corée : la riposte US.

Le porte-avions américain «USS Carl Vinson» accoste au port de Busan, en Corée du Sud le 15 mars, pour les manœuvres conjointes «Foal Eagle».
Porte-avion « USS Carl Vinson » ; à Busan, Corée du Sud, le 15 mars 2017. – Source Reuters


Aussi curieux que cela puisse paraître, la frappe -assez inefficace au demeurant- des missiles Tomahawks contre une base militaire syrienne, est une démonstration de force visant la Corée et la Chine.


La ligne de l’administration Trump, à l’heure actuelle, semble être l’inverse de celle de Richard Nixon. Au lieu de jouer la carte de l’ouverture vers la Chine contre l’URSS, il semble que les USA soient plus dans une idée de réduire la pression sur la Russie pour contrer une Chine nettement plus menaçante.


Ainsi, avant la frappe, le président Trump a averti son homologue russe, pour qu’aucun soldat russe ne soit touché. Il serait improbable de croire que l’information ne fut pas transmise aux syriens.


Appliquant une politique du « frapper un singe pour effrayer un tigre », les USA visent ainsi à répondre aux démonstrations de force de la Corée du Nord, et, à travers elle, à avertir la Chine.


Le départ, ces jours derniers, d’un groupe aéronaval dans la région, est ainsi une nouvelle politique de la canonnière. Elle vise à faire pression sur un allié vacillant, à colmater une brèche.


Certains rêvent de guerre mondiale, d’une apocalypse qu’ils et elles appellent de leurs vœux. Ce fantasme survivaliste, ce fantasme eschatologique, est un danger, non une joie. Nous, communistes, sommes pour la paix entre les nations. Nos luttes concernent la liberté et l’égalité.


Dans ce cadre, nous considérons que le recul des impérialistes est une chose positive, et nous soutenons tout processus de paix en Corée. La guerre est faite pour les bourgeoisies, et est payée par les travailleurs et les travailleuses.


Au Moyen-Orient ; en Corée ; halte aux agressions impérialistes !

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