Italie, populisme et faillite de sa forme « de gauche » – partie 3

Italie, populisme et faillite de sa forme « de gauche » – partie 3

Le populisme de « gauche ».

E.Vertuis

Pourquoi des guillemets sur ce terme ? Car, fondamentalement, le populisme est une notion qui est réactionnaire. Réactionnaire tant au niveau des valeurs qu’elle met en avant, mais réactionnaire également au niveau de son positionnement dans la lutte des classes, du fait qu’elle tire en arrière les consciences politiques des ouvriers, des ouvrières, comme des exploités et exploitées en général. En escamotant la question de l’exploitation, la question du capitalisme, la question des contradictions au sein du peuple, elle prête le flanc aux conceptions rétrogrades, au social-chauvinisme, même parfois à une géopolitique paranoïaque qui frise le conspirationnisme.

L’accusation de populisme « de gauche » qui vise régulièrement la France Insoumise a un côté paradoxal qui s’illustre dans la réaction qu’ont ses adhérents vis-à-vis du gouvernement italien. N’allons pas faire des procès d’intention là où il n’y a pas lieu d’être. La base de la France Insoumise est, d’une manière générale, sincèrement révulsée par les déclarations et les prises de position du nouveau gouvernement italien. En revanche, la direction, incarnée par Jean-Luc Mélenchon, a été beaucoup plus timorée à s’exprimer contre le mouvement des 5 étoiles et son alliance avec la Ligue du Nord. Dans un article nommé Berlin peine à former le gouvernement italien sur le site Melenchon.fr, le tribun expose sa grille de lecture : l’important, l’essentiel, c’est de résister à l’Allemagne de Merkel, qui serait la puissance dominante sur le continent Européen. L’Union Européenne serait un IV ème Reich et, dans cette analyse ahurissante, le gouvernement italien, gouvernement « anti système », serait un pôle de résistance. Ainsi, la thèse principale est la suivante : « Un des pays fondateurs de l’Union européenne a reçu la foudre de la Commission européenne et de son maître berlinois. L’Union européenne a montré où était sa main de fer. Plutôt que de laisser nommer un ministre des Finances qui ne convenait pas à Berlin, le président de la République italienne a joué la terre brûlée. »

Cette grille d’analyse, in fine, est ne grille d’analyse qui ne voit dans les relations économiques, que la main des États, et qui ne voit pas la question de classe sociale et des intérêts de celle-ci. Si des choses sont à condamner dans l’attitude du gouvernent italien, elles ne sont pas évoquées. Ce qui importe est la « seule et unique responsabilité de la situation [qui] vient des diktats de Bruxelles et de la brutalité des gouvernants allemands. Berlin peine à trouver des marionnettes convaincantes en Italie pour garantir sa domination. »

Nous ne doutons pas que la base de la FI soit pétrie de bonnes intentions et d’une volonté de croiser le fer avec les capitalistes. Seulement elle se heurte à un paradoxe, qui est celui de la question de l’impérialisme. Même amoindri, le niveau de vie en France est dopé artificiellement par l’impérialisme. Le confort et les avantages sociaux en sont les miettes et les retombées. Hors la négation de l’impérialisme français, du néocolonialisme, de la surexploitation, n’est pas qu’une question de principe. Il s’agit d’un nœud gordien. La croissance économique et le commerce extérieur du capitalisme français est au cœur des déclarations de Jean-Luc Mélenchon. Ses pleurs sur la place de la France dans la monde tout comme sa joie sur l’agrandissement de sa ZEE sont tout autant d’expressions révélatrices d’une pensée politique marquée par un chauvinisme atavique. Pour autant, nous ne sauterons pas à pied joints dans l’appellation « populiste » que certains accolent à Jean-Luc Mélenchon, mais il n’est pas possible de taire le fait que certains membres de son organisation ont un discours plus que marqué par cette tendance. L’exemple même étant le barbouze Djordje Kuzmanovic, dont les déclarations réactionnaires récurrentes illustrent bel et bien le fait que cette ligne existe au sein de la FI. 

A ses yeux, un capitaliste comme Dassault était un « bon capitaliste », car, au travers d’une analyse économique très colbertiste, il apportait de l’argent « au pays ». En revanche, une fusion comme celle de Nexter et de Rheinmetal-Borsig est « mauvaise » car elle soumettrait les capitalistes français (civilisés et pétris de valeurs républicaines) à leurs homologues Allemands (sauvages prussiens). Cette analyse économique bas de gamme ne résiste pas à un examen plus sérieux, les fusions acquisitions n’étant pas nécessairement un signe de bonne santé économique, et il n’est pas exclu que cette fusion, aussi étrange soit-elle, ne soit simplement un préalable à l’absorption d’une Deutschbank épuisée par la BNP Paribas. Une absorption qui devrait donc réjouir le tribun.

Outre Rhin, justement, un exemple de fracture populiste se forme. Die Linke, qui est une clique fourre-tout, s’est montrée incapable de réaction vis-à-vis des dernières élections Allemandes. Surtout, elle est à la croisée des chemins. Son aile droite, dirigée par des ex-membre du SPD, semble vouloir scissionner sur la question de l’immigration. Oskar Lafontaine et Sarah Wagenknecht se sont ainsi illustrés par leur tentative de renverser la ligne favorable à l’acceuil des réfugiés au profit d’une ligne visant à copier les positions de l’extrême-droite. Leur idée est d’aller sur le terrain d’Alternativ für Deutschland, et se montrer plus inflexibles qu’eux -si c’est possible- sur la question de l’immigration, en reprenant des thématiques sur le coût de l’accueil et sur l’impact sur le niveau de vie des travailleurs Allemands. Mis en minorité lors du congrès, les deux brillants orateurs -reconnaissons-le- semblent vouloir opérer une scission pour créer leur propre organisation populiste. En ce faisant, ils légitiment les prises de position politiques de l’AfD et renforcent son influence. Voilà où mène le fait de caresser les idées réactionnaires dans le sens du poil et de ne jamais vouloir aller contre les idées influentes au sein des masses, même si celles-ci sont réactionnaires voir pogromistes.

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