Corruption au Brésil: nouveau rebondissement

Il y a un peu plus d’un an, la présidente brésilienne Dilma Rousseff du Parti des Travailleurs (PT), héritière de la politique de Lula, souffrait un coup d’État parlementaire mené par la bourgeoisie mécontente, qui a porté Michel Temer du PMDB (Parti Mouvement Démocratique Brésilien), alors vice-président de Dilma Rousseff dans une coalition gauche-droite.


Le déroulement de ce coup d’État fut un véritable frein d’arrêt à une politique luliste basée sur un libéralisme finançant des réformes sociales, engageant une libéralisation extrême de l’économie et venant mettre un terme à la lutte contre la corruption iniciée par la présidente Dilma Rousseff.
C’est dans la chambre des députés, sous des cris de haine du peuple et une salve d’applaudissement, que l’ancien président de la chambre des députés Eduardo Cunha, fier représentant de la bourgeoisie, mène l’empêchement de la présidente, intronisant Michel Temer comme président par intérim.
Un an de libéralisme incontrôlé ont renvoyé le Brésil dans la misère économique et sociale qu’il connaissait avant l’arrivée de Lula en 2003, et malgré l’arrêt officiel de la politique de transparence et la chasse à la corruption dans les institutions brésiliennes, de nouveaux scandales ont éclatés, inculpant Michel Temer, Eduardo Cunha et Aécio Neves, ainsi que d’autres ministres de plusieurs partis de droite, dans des scandales de corruption et de détournement d’argent.
Eduardo Cunha, l’initiateur du coup d’État contre Dilma Rousseff, a été jugé et écroué de 15 ans de prison ferme. Lors de son procès, il a annoncé qu’il allait transmettre à la police les noms de ses complices. Seulement, silence radio depuis lors.

Hier, 17 mai 2017, nouveau rebondissement : le président illégitime du Brésil, Michel Temer, ainsi qu’Aécio Neves, candidat du PMDB lors des dernières élections présidentielles, ont été mis en accusation par le ministère public fédérale brésilienne à la suite d’une dénonciation Joesley Batista, PDG de JBS-Friboi, une des plus grandes multinationales agroalimentaires du monde. Joesley Batista est lui aussi inculpé dans la même affaire de détournement d’argent public vers le secteur privé, et il a réalisé cette dénonciation afin de profiter d’une remise de peine.
L’enregistrement en question constitue, pour le ministère public fédéral, une preuve directe de l’implication de Michel Temer, d’Aécio Neves et d’autres ministres brésiliens, dans l’achat du silence d’Eduardo Cunha.

Ce matin, 18 mai 2017, la police fédérale a mené à Rio de Janeiro une perquisition au domicile d’Aécio Neves, venant corroborer les faits de l’enregistrement réalisé par Joesley Batista. Aécio Neves a été démis de ses fonctions de sénateur en début d’après midi, après s’être enfui du sénat par une porte dérobée à l’annonce de la nouvelle.

En fin d’après midi, l’illégitime président Michel Temer a pris la parole à la télévision nationale brésilienne pour clamer son innocence et pour indiquer qu’il ne renoncera pas, niant systématiquement les charges portées à son encontre.

La délation montre aussi une manipulation politique dans le choix des juges du Tribunal Suprême, la plus haute institution juridique du Brésil, afin de maintenir la lenteur de l’investigation pesant sur Michel Temer et ses alliés. Certains ministres, comme le ministre de la Culture et le ministre de l’intérieur, ont donné à l’instant leur démission.

Pourtant, le congrès et le parlement brésiliens sont largement acquis à la droite, et le PSDB va tout faire pour que les investigations aboutissent à un non-lieu, malgré la lourdeur des accusation, remettant en cause l’indépendance de la justice. La situation du président illégitime est très incertaine, mais elle prouve que la bourgeoisie a réussi à créer un système par lequel elle s’auto-défend et se maintient au pouvoir à tout prix, au mépris total de la démocratie: la base alliée de Michel Temer a dors et déjà annoncé qu’elle fera tout pour que Michel Temer ne soit pas exclu de la présidence.

Fait notable, la bourse de São Paulo a dégringolé de près de 8 point en quelques heures, à l’annonce de la nouvelle.

Encore une fois, c’est le peuple brésilien qui souffre des exactions de la bourgeoisie qui le gouverne, et c’est le peuple brésilien qui va encore en payer les frais.

Michel Temer ne va pas renoncé. Un projet d’empêchement est en préparation, mais les deux chambres étant sous le contrôle de la droite, il y a peu de chance qu’elle aboutisse. Et même si le président par intérim était contraint, d’une manière ou d’une autre, de quitter son poste, son successeur ne pourra être, vu la conjoncture politique au Brésil, qu’un nouveau représentant de la bourgeoisie brésilienne.

L’Unité Communiste de Lyon exprime toute sa sympathie et toute sa solidarité avec le peuple brésilien, soulignant le fait que la solution à la crise politique actuelle ne sera pas menée par la bourgeoisie. Affaire à suivre.

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