Macron l’illusion

Dimanche 7 mai 2017 se tient le second tour de l’élection présidentielle. Elle oppose deux candidats empoisonnés :

Le candidat libéral Emmanuel Macron, notoirement connu pour ses accointances envers l’Etat-major du patronat : le MEDEF. Il est l’héritier du pourrissement du Parti Socialiste, il est la somme de la déliquescence de la social-démocratie achetée par le pouvoir bourgeois.

De l’autre la fasciste Le Pen, notoirement connue, quant à elle, pour ses accointances avec des groupes et groupuscules de sinistre réputation : G.U.D., Occident, Jeunesses Nationalistes ou Identitaires. Elle descend en droite ligne d’une idéologie portée par les collaborationnistes, par les nostalgiques de l’ordre réactionnaire, traditionnel.

Selon toute vraisemblance, Emmanuel Macron devrait l’emporter, avec, toutefois, une marge beaucoup moins marquée que celle de Jacques Chirac contre Jean Marie Le Pen en 2002. D’une part, dans une certaine mesure, car les idées réactionnaires ont progressé, de l’autre car il existe un véritable dégoût, une véritable répugnance de la part des masses vis-à-vis de ce jeu politique pourri.

Tout comme à l’issue du gouvernement Jospin, le PS est poussé sur le banc de touche dès qu’il a l’opportunité d’exercer le pouvoir. Il est l’incarnation directe de la faillite de la social-démocratie.

Pour autan, Macron ne court pas un immense risque. Il bénéficie du report de nombreuses voix et sa position centrale, centriste, lui permet de ratisser très largement. De plus, énorme avantage, il bénéficie de l’appui de la plus grande majorité de la bourgeoisie, des capitalistes de l’Etat français, lesquels -contrairement aux sottises proférées par les réactionnaires et les réformistes radicaux, bénéficient grandement de l’Union Européenne. Si l’Etat français était dominé par les USA et par l’UE, comme le vocifèrent de concert de nombreux chauvins, il existerait une logique à ce que la bourgeoisie appuie de tous ses vœux le FN.

Ce n’est pas le cas. Malgré le ralliement de poussières comme Nicolas Dupont Aignan et Christine Boutin, la bourgeoisie semble réticente à choisir cette voie. Réticente mais prudente, car le MEDEF a dors et déjà pris contact avec la direction du Front National pour ouvrir des discussions. Nous ne doutons pas que ce parti, malgré le fait qu’il joue sa carte « proche du peuple » et « sociale », s’est incliné le plus bas possible pour se plier aux désirs de la bourgeoisie de l’Etat français. Car les fascistes sont ainsi, ils sont des serviteurs zélés du patronat.

Bien des raisons expliquent la situation face à laquelle nous nous trouvons. Elle représente un aboutissement qui mérite d’être analysé et détaillé. Il est le fruit de processus importants et logiques, non de surprises.

D’une part car la colère populaire s’est orientée vers les issues qui lui étaient proposées. La bourgeoisie, depuis que cette idéologie existe, s’est évertuée à barrer la route des masses vers le communisme. 60 ans sans Parti Communiste correct se paient chèrement.

D’autre part en s’évertuant à déplacer le centre de gravité des débats vers la réaction, les politiciens bourgeois ont accrédité les thèses du FN. Le débat sur la situation sociale, sur la misère, s’est mué en débat sur la sécurité, en débat sur l’immigration. Ceux et celles qui ont hurlé avec la meute des slogans réactionnaires, qui ont entretenu la flamme, sont des responsables de cette situation.

Le débat sur l’exploitation s’est mué en débat sur le pouvoir d’achat.

La fin de l’existence du « Bloc Est » -bien que révisionniste et social-impérialsite- signifia un boulevard pour la bourgeoisie et pour les réactionnaires. La crise a fait son chemin, aiguillonnant la bourgeoisie, la poussant à attaquer plus fort.

Les organisations militantes et communistes en premier lieu -nous ne nous excluons pas en écrivant cela- ont une autocritique à faire sur l’incapacité à faire front contre la montée des idées réactionnaires et sur l’incapacité à juguler cette avancée.

Dans la situation actuelle, le camp du progrès est non seulement faible et dispersé, mais il est également gangréné d’idées chauvines et réactionnaires. Il est gangréné d’illusions réformistes. Il est essentiel de se ressaisir et de serrer les rangs pour faire face à la tempête qui approche.

Comme mentionné plus haut, selon toute vraisemblance, Macron est en très bonne position pour devenir le nouveau président du conseil d’administration de la bourgeoisie.

Un grand nombre d’individus, de médias, de personnalités politiques appellent à voter Emmanuel Macron. Ils et elles s’effraient des 21% fait par le Front National au premier tour. Un nombre encore plus vaste d’organisations prennent des mots d’ordres centristes pour laisser, en sous main, la possibilité à leurs militants et militantes de « faire leur choix », ce qui revient à ne pas dénoncer le jeu, mais à l’accompagner en catimini, avec opportunisme.

L’opposition interne du PCF est un exemple parfait : Elle condamne le ralliement de 20h02 de Pierre Laurent à Emmanuel Macron, opposant à ceci un courageux « pas de consignes de vote. » Slogan on ne peut plus libéral, qui laisse les positions de droite donner le ton.

Les accusations fusent désormais : les abstentionnistes représentent le mal absolu, car ils risquent de laisser le pouvoir entre les mains du FN, empêchant la mise en œuvre de stratégies d’une subtilité absolue :

  • Voter massivement pour Macron pour lui faire comprendre que les votants ne veulent pas de son programme, mais qu’il est juste un barrage.
  • Voter en déclarant que ce vote est par dépit.
  • Voter après 17h00 pour faire créer un distinguo entre les partisans de Macron et ceux qui font juste barrage.

L’imagination de ces maîtres du vote utile est sans bornes.

Parmi les plus brillants zélateurs de ce vote, nous pouvons remarquer Charlie Hebdo, le journal autoproclamé satirique et sans respect, mais qui, dans un élan de réformisme typiquement issu du gauchisme, insulte et traite de « cons » les abstentionnistes.

Nous écartons sans la moindre compassion des injures, ces insultes, qui sont-en vérité- autant de cris énamourés pour la démocratie bourgeoise. En particulier lorsqu’ils proviennent d’agents -conscients ou non- de l’anticommunisme et de la réaction.

Emmanuel Macron, agent de la bourgeoisie, peut certes, pour une poignée de voix, accorder certaines concessions cosmétiques à son programme libéral. En revanche, jamais il ne transigera sur le fond de l’affaire : poursuivre la ligne de casse du CDI, la ligne de casse des acquis sociaux, la ligne antipopulaire et anti-ouvrière entamée avec joie par François Hollande.

Mélenchon peut multiplier les appels, ils resteront sans effets. Tout au plus, M. Macron inclura, pour le satisfaire, mais également pour satisfaire l’autre bord, une composante plus chauvine à son discours.

L’ironie la plus profonde est ailleurs. L’élection du FN au pouvoir, son accession à l’Elysée, ne signifie pas mécaniquement le fascisme. Les institutions républicaines peuvent -sans problème- tourner avec un régime d’extrême-droite. In fine, il s’agissait de la nature même du régime gaulliste qui mit en œuvre la Vème république. Un FN avec une opposition forte serait gêné aux entournures, et ne pourrait probablement pas appliquer son programme.

En disant cela nous n’annonçons pas que l’élection du Front National serait une bonne et non une mauvaise chose. Elle signifierait une réaction accrue, une brutalité grandissante. Elle signifierait un pas en avant vers la caporalisation de la société. Elle serait également un blanc-seing donné aux amateurs de lynchages et de ratonades, aux violences policières les plus débridées.

Pourtant, ceux qui considèrent que Macron représente le sauveur de la démocratie pourraient bien déchanter. Dans ses interviews, le candidat n’hésite pas : ficher les militants, les militantes, développer un plan préventif pour lutter contre les mobilisations -en somme des arrestations préventives, des assignations à résidence, des interdictions de rassemblement ou de manifestation-.

Il lui sera d’autant plus aisé de diriger d’une main de fer la libéralisation à outrance que l’opposition serait anesthésiée par cette peur : faire le jeu du FN. Tout ce qui affaiblirait le pouvoir serait, en dernière instance, attaquable comme ouvrant la voie au fascisme.

La figure rassembleuse d’Emmanuel Macron est un faux semblant. Son pouvoir ne sera pas cristallisé contre le fascisme, au contraire, il est sur la ligne droite pour effectuer en pratique les tâches qu’assignerait la bourgeoisie à ce type de régime.

La croyance, entretenue par la compréhension idéaliste de l’Histoire, tend à imprimer un idéaltype du fasciste comme présentant un véritable gouffre par rapport au démocrate.

C’est là faire fausse route.

Un Macron, un Valls, tout comme un Laval, sont tout à fait en mesure de pouvoir agir d’une manière réactionnaire-fasciste sans pour autant formellement en être issu.

Pourquoi ? Parce qu’ils représentent des agents furieux du capitalisme, et qu’ils en exécutent avec zèle les ordres. Car ils sont capables de faire une synthèse que ne peut faire le FN, et de mettre au pas la société derrière un « bien commun », contre un « ennemi commun. » Ce qui, traduit, revient à ordonner de faire bloc derrière sa bourgeoisie, derrière son impérialisme, contre celui des autres. A faire bloc du côté des intérêts du patronat national.

Les concessions, Macron les fera avec le fascisme et la réaction. Non avec le progrès.

De fait, l’élection de Marine Le Pen ou de Macron représente deux voies à la saveur différente vers une même situation : une dictature brutale de la bourgeoisie. Fondamentalement, les deux forment des options réactionnaires proposées par la bourgeoisie, sur la forme que doit prendre le retour en arrière social : chauvin ou européiste, libre-échangiste ou protectionniste.

Dans les deux cas, il n’existe qu’une seule et unique garantie à la protection des libertés formelles, des droits démocratiques et sociaux : le rapport de force direct. Aucun bulletin de vote ne peut garantir cela.

La recomposition politique qui émergera des législatives est encore mal connue, difficilement appréciable. En revanche il est peu probable que les progressistes apparaissent en position de force au milieu de l’océan réactionnaire.

La tâche des communistes, dans cette période, est de se souder, de faire front commun, de grandir en influence. Elle est de reconstituer le camp du peuple, tout en luttant contre les illusions réformistes, de lutter contre les illusions sociale-démocrates, chauvines, réactionnaires.

Elle est de prendre les devant pour couper les fascistes de leur implantation dans les classes populaires.

Un période de cinq ans s’ouvre devant nous, elle ne sera d’aucun repos.

Nous devons avancer, avec fermeté, dans le renforcement des organisations communistes, dans leur unification.

Sans ce travail, aucune avancée n’est possible.

 

 

D’ici là, nous devons clamer notre opposition, dès la nomination du nouveau capitaine de l’impérialisme.

Nous rejetons le jeu pourri de la démocratie bourgeoise !

Nous voulons le pouvoir populaire !

Nous voulons chasser la bourgeoisie !

Tous et toutes dans la rue le 7 mai  au soir !

 

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