Le plan de la bourgeoisie. – La loi travail ; l’éducation ; l’Etat d’urgence…- Partie V – Les autres fronts.

L’arme absolue et ses ramifications.

La nouvelle loi est un exemple d’ingéniosité. Elle est une machine de guerre fascinante, brisant l’échelle des salaires, mais également fracassant les conventions collectives, oblitérant le caractère contraignant des lois et allant jusqu’à attaquer les contrats déjà signés. D’une part en liquidant le code du travail, qualifié  » [d’]entrave au recrutement dans 95% des cas » par Muriel Pennicaud. En pulvérisant la hiérarchie des normes, en créant un chèque en blanc sur lequel la bourgeoisie pourra inscrire son montant de misère.

Elle se double d’un deuxième front, attaquant la question de l’assurance chômage et de la durée de la période d’essai pour instiller un climat de terreur.

Elle se triple d’une attaque contre les représentants du personnel, contre les syndicats, contre les outils de défense des travailleurs. En somme, elle est une bataille d’encerclement et d’anéantissement contre le code du travail.

Cette attaque n’est pas isolée. Elle est accompagnée d’une série de mesures permettant d’en amplifier les effets et les conséquences.

Les autres fronts :

L’apprenti-sorcier Macron est un héritier. Il hérite d’un plan de longue date, déjà entamé longtemps en amont, dont le but est de s’attaquer à un titanesque objet : l’Education Nationale et son contenu. Derrière ce mouvement se trame deux objectifs qui se complètent parfaitement.

Dernièrement, le nouveau gouvernement a annoncé un budget extrêmement serré pour de nombreux secteurs publics. L’un de ces secteurs est celui de l’éducation. 331 millions d’euros d’économie ont été annoncés pour l’enseignement supérieur, doublé de 75 millions pour le budget de l’Education Nationale.

Privées de financement, les universités seront donc obligées de se prostituer auprès d’investisseurs ou d’augmenter les frais d’inscription. Cela entraînera également une hausse énorme des coûts de scolarité, ce qui intéresse énormément les banques, ravies de pouvoir développer un équivalent français aux students loans, aux prêts étudiants US, lesquels sont un magnifique pactole pour les banques, et un terrible boulet au pied des étudiants américains. Dans le cadre d’une restructuration continue des CROUS, cette question se marie aisément.

Il s’agit d’une volonté d’accentuer une immixtion du privé dans l’enseignement public : partenariat, autonomie financière, entrée de « personnalités extérieures » dans les conseils d’administration. Il s’agissait des aspects dénoncés et combattus lors des mobilisations contre la Loi sur la Responsabilité des Universités ou LRU.

Pour un patron, financer une université n’a pas d’intérêt au premier abord. Celui-ci naît lorsqu’il lui est possible de pouvoir influer sur le contenu et sur l’organisation des cours ou de la recherche. Dès lors, un grand nombre de choses deviennent possible.

●        Disposer d’étudiants pour des stages obligatoires, main d’oeuvre gratuite et corvéable.

●        Subordonner le contenu des cours à ses besoins en termes de formation de main d’oeuvre.

●        Subordonner la recherche aux besoins de l’entreprise, en termes d’applications ou en termes de validation de ses projets. (comme des études environnementales financées par Total ou des études sur l’obésité par la société Mars.)

Ce retour sur investissement justifie les sommes déboursées. Or, ceux-ci ont un impact net sur la valeur des diplômes. Les filières estampillées Nintendo, Veolia, EDF ou autres n’ont de valeur qu’auprès de leurs commanditaires, nullement sur le marché du travail.  Comme ces diplômes à géométrie et à valeur variable ne trouveront pas leur place dans les grilles de salaires et dans les conventions collectives, elles ne fourniront aucune garantie de salaire minimal pour les travailleurs.

 

De même, durant la session de 2017 du Bac, les critiques ont fusé sur l’organisation et la qualité de celle-ci. Ces critiques servent à nourrir et à appuyer un projet de refonte de l’examen, en y introduisant une quantité plus importante de contrôle continu. Or, plus de contrôle continu, cela signifie donc un impact plus important de la notoriété de l’établissement sur la qualité du baccalauréat, donc sur sa valeur auprès du supérieur et du marché du travail. De facto, cela entraîne un déséquilibre. Ce déséquilibre en termes de valeurs se doublera d’un déséquilibre en termes de moyens, du fait du retour de l’autonomie des lycées. Une éducation à multiples vitesses se prépare.

En somme, cela donne naissance à des bacs qui ne valent rien, à des licences ou des maîtrises qui n’ont de valeur que pour un secteur et pour un recrutement spécifique.

Ce coup de faux détruit les grilles de salaires comme les conventions collectives, en donnant naissance à des travailleurs ne pouvant rentrer dans aucunes cases. Désormais, aucune garantie ne pourra prémunir contre les chantages des patrons, quels qu’ils soient.

 

Mais le plan de la bourgeoisie vis-à-vis de l’éducation est nettement plus ambitieux que cela.

D’une manière générale, le CAPES est en première ligne. La masterisation des concours devait liquider en deux coups ce qui était perçu par ceux-ci comme un anachronisme. Or, la résistance des syndicats d’enseignants et étudiants a stoppé cette réforme à mi-chemin. Nul doute que l’arrivée au pouvoir de Macron permettra de relancer cette transformation du recrutement national en des recrutements gérés par les seuls établissements scolaires. Cumulé avec l’aspect précédent, le fait est que les lycées les plus riches pourront recruter les enseignants les plus « performants », et donc creuser le fossé entre des lycées de seconde ou de troisième zones et des lycées d’élites, réservés à la bourgeoisie et à ses rejetons. Cela contribue à tirer à boulets rouges sur la valeur des diplômes délivrés.

Il ne s’agit pas de faire de l’angélisme et de présenter l’Education Nationale comme un système parfait et égalitaire, mais bien de préciser que la tendance est à l’aggravation et ce, d’une manière sans cesse croissante.

Les deux aspects conjoints : l’attaque frontale du code du travail et l’attaque en catimini des diplômes garantissent une destruction du droit du travail sous une échéance plus ou moins brève. Les répercussions s’annoncent terribles. Livrés aux appétits rapaces des patrons, sans protection, sous la menace d’un revolver chargé par la menace de la misère, il est clair que le niveau de vie des travailleurs de l’Etat français est en passe de chuter brutalement et terriblement.

Cette chute de niveau de vie n’aboutira nullement à un atterrissage en douceur sur un oreiller de plume, mais bien sur le sol rocailleux de la misère la plus sombre, la plus crasse, la plus impitoyable.

Emmanuel Macron dit « Être fidèle à ce que le peuple français a voulu [et] suppose donc une certaine forme d’ascèse ». Derrière le vernis des mots se cache la réalité. Le mot d’ascèse est défini par l’encyclopédie en ligne Wikipédia de la manière suivante : « L’ascèse ou ascétisme est une discipline volontaire du corps et de l’esprit cherchant à tendre vers une perfection, par une forme de renoncement ou d’abnégation. » Cela signifie une cure d’austérité profonde et brutale. Cette cure d’amaigrissement des ressources et des aides est une des clés de voûte de la politique de choc menée par Macron et ses sbires.

« Ce ne sont pas les Français qu’il faudrait désintoxiquer de l’interventionnisme public, c’est l’Etat lui-même » affirme-t-il. Cela se transcrit dans des projets de liquidation de l’assurance maladie et de l’assurance chômage, puisque ces dernières, dans l’esprit nébuleux des bourgeois, sont tout autant d’obstacles à ce que les français se prennent en main et se responsabilisent. « Mais protéger les plus faibles, ce n’est pas les transformer en mineurs incapables, en assistés permanents de l’Etat, de ses mécanismes de vérification et de contrôle (…) C’est de leur redonner, et à eux seuls, les moyens de peser efficacement sur leur destin. » Comment peser efficacement sur son « destin » -dont il n’est pas possible de ne pas souligner le contenu religieux et métaphysique- alors que toutes les protections du travail sont sapées et liquidées? Alors que la protection sociale est anéantie? Alors que l’Ecole n’est qu’une machine à reproduction sociale ? Cela n’est pas possible.

« Quant à la Sécurité Sociale et l’Assurance Chômage, l’ambition est sans limite : dès le premier janvier, les versements de cotisations seront refondus dans une seule ligne de compte. Ce qui ne change rien en apparence change tout dans le fond : désormais l’Etat aura la haute main sur l’ensemble de cette manne financière et pourra la ventiler comme bon lui semble. » Voici ce que nous écrivions, il y a peu, sur le devenir des aides sociales.

 

Un torrent de misère et d’exclusion sociale menace de se déverser au cours des prochaines années. Un torrent hors de proportion avec ce qui a pu être connu lors des années et des décennies précédentes. Voilà ce vers quoi cette politique nous expédie. Mais les moyens de juguler ses effets envers la bourgeoisie sont déjà sur le point d’être mis en place.

Ecraser.

Cette situation caractérise d’ores et déjà la manière dont la répression sera exercée au cours du mandat de Macron. Il promet certes de mettre fin à l’état d’urgence, mais uniquement car ses dispositions seront intégrées dans le droit commun. « Je rétablirai les libertés des Français en levant l’état d’urgence à l’automne » signifie dans le fond « l’état d’urgence sera désormais un fait commun. »

Macron prépare son plan de bataille et son après guerre. Une mise au pas de l’économie, une mise au pas de la société, une instauration de la misère la plus sombre et la plus sordide. Mais il ne néglige pas son filet de sécurité, sa massue : des dispositions rendant extrêmement délicates la mise en place d’un mouvement de contestation et d’un mouvement de masse d’une manière générale. Au cours des années qui se sont écoulées, il a été possible de voir la violence de la police et des institutions s’accroître.

Le désir de la bourgeoisie est de pouvoir parer à toute éventualité de mouvement social fort, d’autant que l’absence d’opposition à l’Assemblée favorise la naissance d’une opposition prenant un caractère extra-parlementaire, outil auquel s’attache l’Unité Communiste de Lyon.

Une nouvelle compréhension des menace émerge. Contrairement à celle traditionnellement employée, « curative » et à-postériori -bien qu’une géométrie variable ait toujours existé en fonction des classes sociales-, la nouvelle est préventive et à-priori. Elle ne vise pas à gérer les conflits et les éruptions de violence sociale, mais bien à les anticiper et à les juguler en amont.

Cela passe par les interdictions de manifester. Cela passe par les assignations à résidence. Cela passe par un arsenal juridique permettant à la police de faire face à toutes les éventualités et à pouvoir y répondre par le fer et par le feu.

Cela passe aussi par un transfert des décisions aux préfets plus qu’aux juges, donc à des rouages dépendants et nommés par l’exécutif. Il s’agit d’une mise au pas brutale en intense de la société, d’une caporalisation, sous couvert d’esprit « Charlie. »

Cet arsenal n’est pas déployé uniquement par amour du combat et par amour du conflit, mais bel et bien en prévision de ce qui sera déclenché par l’application de ces séries de lois.

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