Fin de partie -IX- Un sombre avenir.

Un sombre avenir

Les législatives approchent à grand pas, avec leur lot de surprises.

Emmanuel Macron a donc présenté un gouvernement largement ouvert du côté de l’organisation Les Républicains, au grand dam de ceux et celles qui croyaient, dur comme fer, à son esprit de synthèse. Cette déception était prévisible. Emmanuel Macron a assuré qu’il poursuivrait les objectifs définis au cours de sa campagne : éradiquer les obstacles à l’exploitation.

Mais cette composition temporaire d’un gouvernement n’est pas innocente. Elle s’inscrit dans une disposition tactique en prévision de la nouvelle échéance électorale.

Les législatives approchent, lesquelles peuvent -et vont potentiellement- pousser à un remaniement ministériel pour permettre d’épouser les formes de la nouvelle majorité. Ni le PS, ni l’alliance éclatée entre le PCF et la FI ne présentent une menace réelle pour une hégémonie macronienne. Reste Les Républicains.

Or, en ouvrant largement la porte aux membres de ce parti d’opportunistes sans cohérence interne, Emmanuel Macron peut jouer un coup de poker, en tiraillant Les Républicains, en faisant mine de les accepter largement, pour susciter des remous au sein du parti de droite. Grâce à cela, il peut potentiellement neutraliser -au moins en partie- son principal concurrent, lui faire miroiter des postes, des places.

 Seulement, une fois les élections passées, aucune garantie ne permet aux ralliés d’être sûrs d’obtenir ce que leur cœur -et leur portefeuille- désire.

Macron et son équipe, dont les appuis organisationnels restent faibles, pourrait réussir à tirer son épingle du jeu en manœuvrant sur ses lignes intérieures. Si cette opération réussit, elle sera un véritable exemple de maîtrise tactique.

Par ailleurs, les Républicains entament une campagne d’un style particulier, basée, notamment dans le Rhône, sur la défense « de leurs valeurs. » Cette ligne politique, teintée d’un style résolument réactionnaire, est une illustration de la situation tactique dans laquelle se trouve ce parti. Difficile, face au choc libéral, de tracer une ligne de démarcation claire et nette vis-à-vis d’une organisation qui cherche délibérément à faire exploser la droite traditionnelle.

Or, ces « valeurs » qui démarquent les Républicains de En Marche ! ne peuvent se trouver dans le libéralisme, partagé entre les deux ; ne peuvent se trouver dans l’europhilie ; ne peuvent se trouver dans la volonté de durcir le dialogue social.

Elles ne peuvent alors se trouver que dans la réaction la plus profonde, dans le traditionalisme, dans un affrontement centenaire entre la bourgeoisie du « Parti Radical » et la bourgeoisie catholique.

La première est incarnée par Gérard Collomb : laïque, relativement progressiste sur les sujets de société, plutôt marquée par la franc-maçonnerie. Elle est une bourgeoisie de centre-gauche, opportuniste, ayant « le cœur à gauche et le portefeuille à droite. »

La seconde est celle de Fillon, elle est celle qui s’oppose au mariage pour tous, celle qui est l’héritière de la vision de la société gaulliste : rigueur, caporalisation, austérité.

Quelle ironie que ses « valeurs » se marient si bien avec la corruption, la prise d’intérêt, le népotisme et l’emploi fictif.

Dans la région lyonnaise, cet affrontement est particulièrement visible, donne sa physionomie politique à une ville anesthésiée par le centrisme, cernée par la réaction.

La rupture entre le PCF et la FI semble actée. L’hostilité entre ces deux forces grandit au fur-et-à-mesure que les jours passent. Comme mentionné au début de la brochure, les deux forces ont une stratégie non seulement concurrente mais hostile l’une à l’autre. L’une se bat pour maintenir en vie son suzerain, pour conserver ses bastions, l’autre pour occuper le vide laissé par l’effondrement du Parti Socialiste.

Reste le Front National, dont la situation interne est périlleuse.

Le concept du Front National semble avoir atteint ses limites objectives, en termes de capacité à accroître sa base électorale, à gagner en influence, à devenir un parti présidentiel.

L’illustration pleine et entière de ceci est la manière dont Marine Le Pen a échoué  dans le débat du second tour contre Emmanuel Macron, scellant définitivement l’issue de la présidentielle.

Dans l’analyse sur le débat des présidentielles, nous présentions la situation ainsi: « de l’autre côté, Marine Le Pen, avocate n’ayant jamais plaidé grand-chose, dont l’alpha et l’oméga est son intégration dans le FN, sous l’aile de son père. Jean-Marie Le Pen a en effet construit un poste ad hoc pour sa fille. Elle est une représentante du népotisme tout comme Macron est celui du libéralisme. L’une est arrivée par la naissance, par les liens claniques, sans jamais avoir fait preuve de quelque talent que ce soit ; l’autre est un survivant du maelstrom libéral, qui a écrasé et évincé bien des concurrents, qui sait s’entourer de conseillers efficaces… il s’agit de quelqu’un qui -il faut le reconnaitre- maîtrise ses dossiers sur le bout des doigts. « 

Une grogne profonde existe au sein du FN vis-à-vis de l’incompétence de la direction et du fonctionnement clanique de l’organisation. De plus, son inflation l’emmène au bord de la rupture interne.

Le Front National devenant une force centrale dans la vie politique, cela cause des contraintes terribles, des dissensions internes. L’outil n’est plus adapté à la tâche. Le Front National est victime de son succès.

Tant qu’il était une puissance montante, arc-boutée à l’opposition, à porter la contradiction, à attaquer de toutes ses forces, les problématiques liées à sa cohérence interne restaient secondaires. Un palier a été franchi cette année et, avec lui, se posent des débats stratégiques importants.

De plus, la possibilité d’alliance avec d’autres forces, dont Debout La France de Nicolas Dupont-Aignan, sort le FN de son isolement politique.

Trois lignes émergent :

Celle de Florian Philippot, celle des nouveaux arrivés, celles et ceux qui ne sont pas des membres de longue date du Front National, qui ne tolèrent pas forcément la primauté « génétique » du clan Le Pen et de ses vassaux. Ceux-ci s’alignent sur une position d’alliance, de coalition, avec les autres forces de la droite « forte » mais « propre. » Cette ligne place le professionnalisme avant tout, place l’idée de devenir un parti présidentiable, non plus une simple force d’opposition.

Cette ligne est probablement celle qui poussera le plus rapidement à l’éclatement du Front National pour rompre avec son histoire, son passé, ses affaires. Les informations dont nous disposons à l’heure actuelle laissent entendre que Florian Philippot l’axera autour d’une charte rejetant « le racisme, l’antisémitisme, l’homophobie « , tout en recherchant à faire bloc avec les forces quittant Les Républicains, si ceux-ci ne survivent pas aux législatives en tant que force constituée.

A l’opposé, la ligne « gauchiste » de Marion Maréchal-Le Pen, héritière idéologique des provocations de Jean-Marie. Elle représente le rejet de la « dédiabolisation », le rejet du lissage. Elle joue, au contraire, sur un lien maintenu avec les fascistes, les néofascistes et autres groupuscules agressifs. Contrairement aux autres, la conquête de places fortes, de députés, reste un aspect secondaire. Dans leur esprit, la question de l’accès au pouvoir ne passe pas forcément par la conquête de l’appareil d’Etat, mais par la mise en œuvre de mouvements de masse réactionnaires, de mouvements d’action.

Cette ligne est celle dans laquelle l’idée de révolution nationale, l’idée de prise du pouvoir, est la plus forte. Elle est une ligne radicale qui n’accepte plus le style de direction « petit-bourgeois » de Marine Le Pen, son caractère boutiquier et son absence d’ambition.

Si les premiers veulent lisser leur image pour devenir présidentiables, ceux-ci sont dans l’optique d’une opposition frontale avec le pouvoir d’Etat, jusqu’à ce qu’il les appelle à restaurer l’ordre. L’éclipse de Marion Maréchal-Le Pen, se retirant « définitivement, pour le moment » de la vie politique, est illustrative : rupture avec la ligne majoritaire, le temps de rallier des forces nouvelles, d’unifier les courants dispersés du fascisme, pour revenir en force, dans cinq ans, et prendre le contrôle de l’appareil.

La dernière est celle de Marine Le Pen. Elle se caractérise par un esprit boutiquier, petit-commerçant, petit gestionnaire. Elle est une ligne du confort, des rentrées d’argent par le triangle institutions – Riwal – Bleu Marine. Le clan autour de Marine Le Pen, les Lousteau, les Chatillon, les petites mafias, ne peuvent qu’entretenir des rapports complexes, brutaux, au sein de l’organisation. L’incompétence, fruit du népotisme, grève cette ligne et l’empêche de faire de substantiels progrès.

Si elle est cramponnée autour de l’appareil, ce clan, ce groupe interne n’en est pas moins menacé. L’approche du congrès du Front National, dans le courant de l’année, risque de se muer en nuit des longs couteaux.

Dans un sens, un éclatement du Front National est une chose positive. Elle neutraliserait provisoirement cette organisation, la forcerait à se recomposer.

Cependant, la dialectique veut que chaque chose, chaque transformation, ait des caractéristiques positives et négatives. Un Front National new style serait probablement en mesure de pouvoir gagner une influence nouvelle, d’avoir une base élargie, car ayant rompu avec la réputation de l’ancienne structure.

D’une manière générale, la plupart des processus qui se lancent à l’heure actuelle seront matures dans cinq ans, lors des prochaines élections.

Pour le moment, la trajectoire est glaçante.

Cinq ans sont devant nous.

La bourgeoisie, dans l’ensemble, est restée insatisfaite par le gouvernement du Parti Socialiste. Malgré le fait qu’il ait appliqué avec zèle les directives du MEDEF et de la grande bourgeoisie, cela n’a pas suffit. Les réformes -bien que dévastatrices pour les travailleurs- n’ont pas été considérées comme répondant aux désirs et aux besoins des classes exploiteuses.

Ironiquement, le PS était pourtant nettement plus libre que l’UMP d’alors pour appliquer ce programme. L’opposition étant majoritairement contrôlée par les courroies de transmissions de ce parti, il lui était possible d’agir comme aurait voulu le faire Sarkozy.

Sauf que, par opportunisme, les Républicains, voulant se démarquer du PS, ont joué la carte de l’opposition. Non pas par désaccord, mais uniquement pour justifier leur existence, pour se doter de la possibilité d’incarner une alternance.

Incapable de se doter alors d’une majorité, le gouvernement s’est retrouvé à dépendre d’accord avec les « frondeurs », qui, malgré leurs « motions de censure » pitoyables, ont négocié leur ralliement en échange de quelques amendements pompeusement présentés comme des victoires.

La bourgeoisie ne saurait se satisfaire de cela pour le quinquennat qui vient.

Elle a tout misé sur une grande coalition de ses laquais, pour neutraliser l’opposition. Juppé et Macron étaient les deux seuls acteurs capables de pouvoir réaliser cette coalition. Le premier, lors des primaires, a chuté au profit de François Fillon, rapidement mis hors-jeu par ses affaires.

D’une manière générale, ni Sarkozy ni Fillon ne comprenaient cette logique. Ils restaient centrés sur leur famille, sur leur base électorale. Leur vision hégémonique ne se limitait qu’à leur petit royaume, non à un large front bourgeois.

Macron est le seigneur de cette grande coalition, celle que la bourgeoisie désirait plus que tout. D’autant que les astres lui sont favorables.

La poursuite de l’Etat d’urgence jusqu’au 1er novembre 2017 lui permet de disposer d’un confortable délai pour mener l’offensive. Comme dans les pires années de l’histoire, le 21 juin, au lieu d’être l’arrivée du calme de l’été, coïncidera avec une grande offensive. Réforme-liquidation du code du travail ; réforme-privatisation de la Sécurité Sociale, de l’assurance chômage. Le tout appuyé par une répression savamment orchestrée par Gérard Collomb, opportuniste en chef.

Les législatives vont probablement accentuer l’éclatement du PS et des Républicains.

Le premier avantagera Mélenchon, mais offre également aux révolutionnaires une opportunité  qu’ils peuvent saisir : le réformisme en action a montré sa faillite la plus totale. Il ne cause plus que du dégout et de la répugnance parmi les masses.

L’éclatement des Républicains, quant à lui, pose les même problématiques, mais à l’échelle de l’extrême-droite et des fascistes.

Ceci, combiné avec l’élimination de Marine Le Pen lors du prochain congrès du FN, permettrait l’émergence d’une droite forte et dure, d’un grand pôle réactionnaire.

La stratégie de Macron est celle d’un kamikaze politique : des réformes profondes, des saignées hémorragiques, lesquelles vont faire grandir la colère, la misère, la souffrance au sein des masses. Agent de la bourgeoisie, Macron n’en est pas moins un kleenex. Son travail à marche forcée -sans jeu de mots- satisfera ses commanditaires, au prix de son existence politique.

En Marche ! est une organisation one shot, qui ne survivra pas.

Le danger réside ici. La société de l’avenir, telle que vue par Macron, est une société explosive -ingouvernable- Elle créé une situation potentiellement conflictuelle au plus haut degré, d’autant que la paupérisation et la misère se répandra.

Cette situation peut, potentiellement, amener à ce que désirent les fascistes : être appelés au pouvoir pour restaurer l’ordre.

A ce moment là, il sera possible de parler de menace fasciste.

Certaines forces, dont les inénarrables « matérialistes » ont ainsi crié à la menace imminente, ont appelé au premier tour à voter pour Emmanuel Macron, à faire un barrage pour sauver la République.

Ce « front » sans consistance est revenu à se soumettre aux décisions de la bourgeoisie, à son agenda, à le fortifier et à répercuter ses mots d’ordre vers les masses.

A l’heure actuelle, les communistes doivent travailler conjointement pour former une force autonome de la bourgeoisie. Cet objectif doit être le n°1. Il est celui qui conditionne tout succès futur.

Faire front, y compris avec la bourgeoisie, est une question qui pourra, dans l’avenir, se poser avec une urgence, avec nécessité. Mais faire passer cela avant la construction du camp du peuple, du camp communiste, revient à anticiper cette nécessité, à se soumettre intégralement à la dictature de la bourgeoisie.

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