Alexandre Benalla ou le safari du cassage de manifestants.

Alexandre Benalla ou le safari du cassage de manifestants.

L’Unité Communiste de Lyon dénonce l’attitude de l’Etat face aux méfaits de ses collaborateurs, agents provocateurs, agresseurs, nervis fascisants !

Les époques changent, et avec elles les mœurs. Auparavant, comme avec Giscard d’Estaing, les collaborateurs du Président de la République partaient avec lui faire des safaris en Afrique. Aujourd’hui, ce genre d’activité est mal vue du public. Elle est désormais réservée à l’armée française, qui continue sa « mission civilisationnelle » par les crimes de guerre.

Aujourd’hui, avec l’affaire Benalla, il est possible de savoir que l’activité favorite de certains collaborateurs de l’Élysée s’est redirigée vers celle de l’agression brutale et gratuite de manifestants. Benalla se passionne ainsi pour le fait de se déguiser en policier. Dans cet accoutrement, il s’est illustré, le premier mai, pour avoir roué de coups un manifestant, agressé une manifestante, pendant que son ami Vincent Crase faisait de même. Une vidéo publiée ce matin par le Huffington post  le montre en train de traîner sa victime, la jeune femme, à l’écart, pour l’agresser loin des regards. Enivré par l’impunité que lui confère l’uniforme, il s’est déchaîné pour satisfaire ses pulsions personnelles. Événement anecdotique ? Non.

David Le Bars, secrétaire général du Syndicat des commissaires de la Police Nationale, au micro de France Info, déclarait ainsi le juillet : « Alexandre Benalla est très connu dans le milieu policier », il est « régulièrement sur des dispositifs opérationnels, il pilote différentes choses, sans qu’on sache qui l’a mandaté pour ça. » En l’occurence, il a bénéficié d’une autorisation écrire du directeur de cabinet du chef de l’État, Patrick Strzoda.

En somme, monsieur Benella, accompagné de son ami réserviste Vincent Crase, profite de sa position influente et de son autorité, conférée par sa proximité avec les cercles du pouvoir, pour se livrer à des agressions.

Informés des faits, le ministère de l’intérieur -dirigé par l’hémiplégique ministre de l’intérieur Gérard Collomb, qui semble oublier tout ce qui se trouve à son extrême-droite- et le cabinet du chef d’État se retrouvent dans l’embarras. Plutôt que d’agir par les voies légales, la décision est prise d’étouffer l’affaire. 15 jours de mise à pied sans salaire, une tape sur les doigts, et les affaires reprennent leur court. Problème réglé dans l’entre-soi de la bourgeoisie au pouvoir et de ses larbins les plus zélés. Du moins le pensaient-ils.

L’ennui, c’est que celles-ci ont été filmées et que le drôle a été reconnu par les journalistes de « Le Monde ». Dès lors, il n’est plus possible de taire l’affaire.

Et c’est la pelote de laine : les révélations s’enchaînent. Les mémoires se rafraîchissent. Journalistes agressés, militants et militantes menacées… Alexandre Benalla semble avoir eu maille à partir avec plus d’un individu. Même Jean-Luc Mélenchon reconnaît en lui l’homme qui l’a évincé de la marche blanche en mémoire de Mireille Knoll, assassinée le 23 mars.

Des informations se recoupent également. Dès le lendemain de l’élection d’Emmanuel Macron, le site d’information Wikileaks publiait une série de documents concernant ne nombreux aspects de la campagne. Parmi ces révélations, le fait que des commandes de pistolets « gomme-cogne », de « flashballs » de matériel anti-émeute ait été fait par LREM. La commande, bloquée au dernier moment, était signée de la main de Vincent Crase, collaborateur et ami de Alexandre Benalla. Cependant, il est estimé que c’est ce dernier, fanatique des armes, qui aurait tenté, par ce biais, de constituer un noyau de milice en catimini. Une milice équipée d’armes « à létalité modérée », certes, terriblement révélatrice d’un désir de certains de ressusciter des espèces de « corps francs » ou de se voir petits « seigneurs de la guerre ».

Il serait tentant de voir dans Alexandre Benalla un milicien d’extrême-droite, un de ces barbouzes revenu des charniers de la Françafrique. Mais pourtant, l’homme a fait ses armes auprès du Parti Socialiste, dans son service d’ordre. Entré à 19 ans dans les rangs de sa sécurité, il passait pour une personne sympathique. Discret et efficace, il gravit les échelons d’une manière foudroyante. A 21 ans, il intègre le Service de Protection des Hautes Personnalités de Arnaud Montebourg. Arrivé haut, il se montre abusif. « Chez Montebourg, il est devenu incontrôlable, il a abusé de sa position. Et je pense que c’est la même chose qui s’est passée là, il s’est senti poussé des ailes… »  affirme Christian Werner, ancien responsable du SO du PS. Pourtant, il n’y reste qu’une semaine, après avoir provoqué un accident de la route et avoir voulu s’enfuir.

Durant cette traversée du désert, il travaille dans le privé avec plus ou moins de succès, et passe un M2 en droit. Il créé également, avec Vincent Crase, son compère, une fédération de la sécurité privée.

Le 5 décembre 2016 il intègre l’équipe d’Emmanuel Macron, toujours avec M. Crase. Durant la campagne, il suit constamment le candidat, assure sa sécurité, et se permet quelques petits à côtés, comme l’exfiltration brutale d’un militant du PCF, ou des violences sur un journaliste, pourtant accrédité. Depuis l’arrivée au pouvoir du paillasson le plus servile de la haute bourgeoisie, il s’est hissé, lui aussi, à ses côtés, dans de hautes sphères, conservant son rôle de responsable à la sécurité du président, poste qu’il occupe toujours. Il était, par exemple, présent dans le bus des joueurs de football de l’équipe de France.

Ce n’est que sous la pression du scandale que l’Elysée a entamé, en catastrophe, une procédure de licenciement. Aujourd’ hui, Alexandre Benalla a été placé en garde-à-vue pour les faits de « violences en réunion par personne chargée d’une mission de service public », « usurpation de fonctions », « usurpation de signes réservés à l’autorité publique » et « complicité de détournement d’images issues d’un système de vidéo-protection ». Ce matin, trois policiers, dont deux commissaires, ont été suspendus car ils « sont soupçonnés d’avoir extrait des images des caméras de vidéo surveillance du plan de protection de la Ville de Paris, qui montrent la scène de violence place de la Contrescarpe sous un autre angle » et d’avoir « copié puis transmis la vidéo » à Alexandre Benalla.

L’Unité Communiste de Lyon considère que cette affaire est une fenêtre de premier ordre sur la manière dont le pouvoir de la haute bourgeoisie, appuyé sur des exécutants serviles et dévoués, fonctionne. Les responsables, à l’Elysée, ne pouvaient ignorer les frasques de leur lansquenet, de leur mercenaire. Mais ils ont préféré les taire. Macron, en déplacement à Périgueux, s’est retranché avec sa morgue constante et son arrogance, derrière le fait que la République serait « inaltérable », même devant les scandales. Le gouvernement est complice de ces actes de violence, et au premier chef, le Président de la République et le Ministre de l’Intérieur.

La Police est complice par sa solidarité de fait avec l’agent provocateur et la brute qu’est Alexandre Benalla. Rien n’a été fait pour empêcher les actes de violence commis à l’encontre de manifestants. Rien n’a pu être fait par les manifestants eux-mêmes, trop conscients de l’impunité de la Police en France, conscient du fait que protéger contre la police -même en respect du droit bourgeois- revient à s’exposer immédiatement à la violence, à la garde-à-vue, aux sanctions pénales, et à payer de sa poche les policiers pour les « outrages » causés. De plus, les trois policiers ayant détournés les images vidéos sont trois exemples de porosité entre les institutions et les pouvoirs.

Les Républicains, y compris les ultra-réactionnaires Wauquiez et Cioti, sont montés au créneau. La France Insoumise a déposé une motion de censure à l’encontre du gouvernement pour le sommer de s’expliquer.

Pourtant, ce n’est pas tant le gouvernement que l’intégralité de la structure qui est pourrie jusqu’à l’os. Cette affaire n’est qu’un épiphénomène qui révèle un fond nettement plus abyssal. Il s’agit de l’inégalité de fait, devant la loi bourgeoise elle-même, de ceux qui habitent en France.

L’Unité Communiste de Lyon réclame les sanctions les plus lourdes pour les auteurs et les complices de ces faits. A nos yeux, le ministre de l’intérieur doit démissionner. Mais nous ne saurions considérer que cela puisse suffire.

Cela révèle, une nouvelle fois, que la bourgeoisie édicte des règles, des codes, des procédures, mais qu’elle n’entend les faire appliquer que pour les masses populaires, que pour maintenir avec rigueur et dureté la domination et l’exploitation. Elle édicte des règles qu’elle transgresse constamment, pour le profit, pour le pouvoir, pour le plaisir. Elle ne juge ses propres transgressions que dans ses instances propres, dans son entre-soi. Elle ne les condamne que lorsqu’elle y est contrainte et forcée par la tournure des événements.

Ces délits, ces crimes, sont le propre du pouvoir de la bourgeoisie, de sa dictature. Débarrassons-nous en ! Chassons-les du pouvoir !

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