Le fasciste Jair Bolsonaro est en tête au Brésil.

Le fasciste Jair Bolsonaro est en tête au Brésil.

Hier, les urnes brésiliennes ont parlé. Elles ont parlé d’une voix terrible. Le candidat d’extrême-droite Jair Bolsonaro a été porté en tête, avec 46% des voix, passant très près d’une victoire dès le premier tour. Arrivé second, le candidat du PT n’a reçu que 28,37% des voix, restant loin derrière. 147 millions d’électeurs se sont rendus aux urnes, dans un pays où le fait de ne pas voter est passible d’une amende. Pourtant, la participation a été relativement faible, avec 79,7% des électeurs.

Malgré cette victoire, cela n’a pas empêché le candidat des forces de la réaction de crier au scandale et à la fraude, tant il pensait être élu dès le premier tour de l’élection. Avant même d’être intronisé, il créé déjà la tension politique qui pourrait lui permettre un coup d’état constitutionnel.

« A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire » faisait dire Corneille au Cid. Bolsonaro illustre cette citation. L’ancien militaire nostalgique de la dictature est ainsi pressenti pour être le grand gagnant de cette élection, portant à son bout le processus de droitisation ouvert avec la destitution de Dilma Roussef.

Derrière lui, les marchés se sont unifiés, le portent aux nues. France Inter, dans son édition du 3 octobre 2018, publiait : « Au cours du mois écoulé, l’Ibovespa [Le CAC40 Brésilien] a grimpé de 13% ! Et hier en une journée, il a pris près de 4%. A l’instant même encore : + 3%. La séance boursière est encore en cours là-bas.

La monnaie brésilienne, le real, remonte face au dollar.

Et les actions de plusieurs grandes entreprises sont aussi en forte hausse : plus 8% pour la compagnie pétrolière Petrobras, plus 11% pour la compagnie d’électricité Electrobras, plus 7% pour les grandes banques, etc.

Vous avez compris : les marchés financiers brésiliens sont optimistes, la presse de Sao Paulo dit même qu’ils sont euphoriques.(…)

c’est très simple : ils ont choisi leur camp. Ils espèrent la victoire de l’extrême droite. »

Pourquoi cet amour de la part de la haute bourgeoisie brésilienne pour le militaire et son vice-président général ? Car il en est le héraut en armure étincelante, car il en incarne sa dictature en commandite directe, sans filtre et sans fard. Les milliardaires et certaines richissimes célébrités -notamment du football- se sont empressées de l’adouber.

D’une part, il s’agit d’un candidat opposé aux libertés politiques et publiques, qui veut restaurer un ordre strict et dur sur le Brésil. A ses yeux, le développement économique -de la haute bourgeoisie, bien évidemment- est tout, tandis que les droits politiques et sociaux ne sont rien. Les marchés financiers ont ainsi trouvé en lui celui qui privatisera tout le secteur d’Etat et lâchera le plus largement possible la bride aux banques. Questionné sur les problématiques économiques, il a rétorqué aux journalistes que lui-même n’y entendait rien et qu’il accorderait toute latéralité sur cette question à Paulo Guesde. Paul Guesde, quant à lui, est un des ténors de la frange la plus libérale de l’échiquier politique brésilien. A plusieurs reprise, il a annoncé qu’il privatiserait l’intégralité des secteurs d’Etat.

Il s’agit d’un réactionnaire des plus virulents, articulant son discours autour de la lutte contre l’avortement (voir article ici), de la mysoginie la plus crasse ;« certaines femmes ne méritent pas qu’on les viole » (à propos de Maria do Rosàrio, considérant qu’elle était trop laide pour être violée), de l’homophobie « les homosexuels sont le produit des drogues », raciste… Il a toutes les caractéristiques requise pour être l’équivalent de Trump -les contre-pouvoirs en moins- ou de Duterte aux Philippines.

Le puissant appareil médiatique de la bourgeoisie a axé tout ses efforts sur le fait de détacher les masses populaires de la gauche, en tablant massivement sur la déception par rapport aux affaires de corruption. Dégoûtées, elles voient dans la grenouille de bénitier qu’est Jair Bolsonaro un inflexible soldat de la probité. D’autant que les souvenirs de la dictature sont fragiles dans la jeunesse.

Jair Bolsnaro et les fractions de la bourgeoisie qu’il représente ont habilement manœuvré auprès des masses populaires. La crise économique et la crise politique du Brésil ont laissé les masses populaires déçues par la direction sociale-démocrate du PT. En surfant sur cette déception, la grande bourgeoisie côtière a joué la carte de la rhétorique populiste, des discours simplistes et réactionnaires, cajolant toutes les idées fausses au sein du peuple brésilien. Plus la situation s’est aggravée pour les masses, après le coup d’Etat de Temer, plus le discours fasciste de Bolsonaro a sonné juste aux oreilles de la population. De plus, l’acharnement judiciaire contre le PT et contre Lula, actuellement en prison, a servi de marchepied pour s’attaquer à l’intégralité des progressistes, érigés en épouvantails à l’étoile rouge.

Une fois au pouvoir, les masses populaires du Brésil, petite bourgeoisie y compris, doivent s’attendre à une chute vertigineuse de leur niveau de vie, du fait de la captation massive de la richesse produite qui sera permise par les législations favorisant les grands propriétaires terriens, mais également les grands capitalistes.

Cette terrible chute de niveau de vie entraînera fatalement une colère populaire, que le futur régime à promis d’écraser dans le sang, tout en instillant un climat de division au sein des masses, en autorisant, de fait, les exploités à s’entre-tuer. Son élection n’augure que des heures sombres pour les brésiliens et -surtout- les brésiliennes. Bolsonaro veut entamer une chasse aux « communistes » (en fait, tous les progressistes), réinstaurer la terrer de la dictature, y compris par la torture. Les droits des femmes, des homosexuels, des minorités sont en ligne de mire.

D’une manière générale, la future victoire de Bolsonaro s’inscrit dans le cadre de la contre-offensive réactionnaire en Amérique Latine. L’échec des partis réformistes au pouvoir, empêtrés dans les demi-mesures face à une bourgeoisie colérique et revancharde, est malheureux, mais patent. Il illustre l’impossibilité de la transformation sociale par les urnes et par un gouvernement conciliant avec la bourgeoisie. Certains on reproché à Chavez et Maduro, par exemple, leur dureté, alors que leur situation politique était empreinte de faiblesse. La bourgeoisie ne rend jamais les armes, elle peut attendre, transiger -comme elle l’a fait en France en 1945- mais elle reprendra toujours, tant qu’elle existera, l’offensive.

L’Unité Communiste de Lyon assure de sa solidarité les masses populaires du Brésil et les organisations révolutionnaires de ce pays. La victoire probable de Jair Bolsonaro est un coup brutal porté contre l’intérêt populaire, mais il n’est jamais, dans la grande histoire de la lutte des classes, qu’un coup temporaire. La bourgeoisie s’accroche tant qu’elle peut, mais elle ne peut renverser la roue de l’histoire. Les réactionnaires vont et viennent, mais l’esprit de combat, l’esprit de lutte, est indestructible !

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